Vaudou et pouvoir théologique

vendredi 22 avril 2016 10:39

Le vaudou demeure encore aujourd’hui une religion importante au Bénin, le pays d’où il tire son origine. Jusqu’aux sphères du pouvoir politique, certains Béninois suivent au pied de la lettre les conseils que leur donnent les chefs religieux. 

Par Magalie St-Amour Béland 

Depuis que le Bénin a renoué avec les cultes traditionnels dans les années 1990, le vaudou a repris du galon et est célébré partout à travers la nation. Même s’il est officiellement laïc, le pays s’est réapproprié la religion animiste, et son influence se fait sentir jusqu’au Parlement.

Christian COSTEAUX

Selon le doctorant en théologie pratique à l’Université de Montréal et originaire de ce pays de la côte Ouest africaine, Eloi Agbanou, «dans tout ce que [le Bénin peut] avoir comme système politique, économique et social, il y a toujours une base culturelle qui ne peut échapper à la vision du vaudou». À ses yeux, ce culte fait partie intégrante du développement endogène du pays, et la politique nationale ne fait pas exception à la règle.

Avec la campagne électorale des présidentielles de 2016, Eloi Agbanou soutient que l’on a pu observer une recrudescence de la pratique du culte traditionnel chez les candidats. Certains dirigeants politiques se tournent vers le vaudou pour savoir s’il est prudent pour eux de se présenter. «[C’est] donc toute cette influence culturelle qui s’immisce, même sur le plan politique, argue-t-il. C’est ainsi que ça se passe même si on le cache.»

Autre son de cloche toutefois pour l’étudiant au troisième cycle à la Faculté de théologie et des sciences religieuses de l’Université de Montréal, David Dossou, qui est lui aussi Béninois. «Tous les candidats à la présidentielle, peu importe la religion, se manifestent tels qu’ils le veulent, selon leurs croyances», prétend-il. Il admet toutefois que certains vont demander à des chefs religieux, peu importe leur confession, de prier pour eux durant leur campagne.

En dehors des périodes électorales, les politiciens s’entourent aussi de conseillers religieux. Le président sortant, Thomas Boni Yayi, ne cachait pas que son cercle immédiat comptait des pasteurs évangélistes. «Puisque c’est un État laïc, on ne saurait parler d’influence d’une quelconque religion sur les décisions étatiques au Bénin, annonce pourtant David Dossou. Chacun est libre de s’exprimer de la manière qu’il le veut.»

De son côté, Eloi Agbanou pense que certains politiciens accordent plus de crédibilité aux conseils d’un chef vaudou qu’à toute autre recommandation de ses collègues. Il se veut toutefois optimiste. «Le vaudou fait tout de même un grand bien, estime-t-il, surtout pour la protection de l’environnement.»

À ses yeux, l’aspect le plus bénéfique du culte traditionnel béninois dans la politique du pays est la sacralité de certains lieux qui détermine le développement d’infrastructure et l’exploitation de ressources. Les chefs vaudou vont donc parfois restreindre l’exploitation d’une forêt sacrée ou d’un point d’eau vénéré. Ce contrôle permet ainsi le renouvellement de l’écosystème. Que la volonté divine serve à justifier l’écologisme de certains, cela importe peu à l’étudiant. «De mon point de vue, ça demeure un aspect participant au développement du Bénin», conclut-il.

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