La religion et le débat public

dimanche 24 avril 2016 2:47

Alors qu’aux États-Unis les lobbys religieux sont très visibles, le phénomène d’influence politique chrétienne au Canada est beaucoup plus discret, bien que quantité d’organismes existent avec comme seul but la promotion des valeurs bibliques dans la sphère publique.

Par Marie-Hélène Hétu

Ces groupes qui œuvrent à la fois dans les communautés et sur la colline parlementaire à Ottawa éduquent et forment leurs membres à la vie politique. Ils administrent des écoles, organisent des conférences et offrent des conseils juridiques. Ils sont regroupés autour d’églises et de chefs religieux. Ce réseau bien organisé peut facilement être mis à profit lorsque vient le temps de soulever l’opinion publique ou de participer à une élection.

«Nous sommes unis par des visions communes de la chrétienté, donc nous faisons la promotion de ces valeurs en échangeant avec les membres du Parlement et les sénateurs», explique le président de l’Evangelical Fellowship of Canada, Bruce Clemenger. Cet organisme, qui prône la sacralité de la vie, l’aide aux plus vulnérables et la liberté de religion, est inscrit au registre des lobbyistes du Canada depuis 2002.

Le gouvernement de Stephen Harper a fait face à plusieurs critiques concernant sa préférence marquée pour les communautés chrétiennes. Son appui inébranlable à Israël, que l’on peut attribuer à la croyance chrétienne selon laquelle quiconque bénit le peuple Juif sera béni de Dieu, a maintes fois été l’objet de reproches.

«On pouvait observer une certaine influence « religieuse » au niveau des politiques de liberté de religion, et des choix de porte-parole du gouvernement. C’était souvent des croyants qui s’affichaient. Du point de vue du public, c’est possible de constater qu’ils avaient une façon particulière de penser l’identité religieuse», remarque la professeure de sciences des religions à l’Université d’Ottawa, Lori G. Beaman.

Le Bureau de la liberté de religion a été fondé en 2012 avec, à sa tête, Andrew Bennett, un homme très impliqué dans la communauté chrétienne de l’Ontario. À l’instar de son équivalent américain, le Bureau a suscité les inquiétudes de plusieurs groupes qui craignent qu’il se concentre principalement sur les cas d’oppression de chrétiens dans le monde.

«Nous voudrions voir son mandat reconduit», affirme le lobbyiste Bruce Clemenger. Or, celui-ci tire à sa fin et le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, n’a pas annoncé s’il serait renouvelé. Lori G. Beaman, qui dirige un groupe de chercheurs sur la diversité religieuse au Canada et dans le monde, reconnaît qu’avec l’arrivée d’un gouvernement libéral, il y aura probablement un changement d’attitude.

Bruce Clemenger affirme que son organisation continuera à travailler avec les diverses instances du gouvernement. «On devra sans doute travailler plus fort pour faire valoir notre point de vue sur certains sujets, mais nous croyons qu’ils seront plus ouverts à d’autres recommandations, espère-t-il. Par exemple, nous croyons que l’euthanasie médicale porte atteinte au respect de la vie, cependant nous militons pour de meilleurs soins de fin de vie.»

Plusieurs membres du nouveau gouvernement font leurs premiers pas en politique. Bruce Clemenger déclare avoir l’intention d’aller à leur rencontre et d’apprendre à les connaître. «Nous sommes non-partisans, donc rien n’a changé. Nous allons continuer d’essayer de convaincre le gouvernement», soutient le lobbyiste.

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