Les nouveaux médias: nouveaux prophètes de l’Église

lundi 2 mai 2016 1:44

Avec l’arrivée du Pape sur Twitter et la présence des congrégations religieuses sur les médias sociaux, l’Église catholique est devenue un fervent adepte d’Internet. 

Par Marie-Jeanne Dubreuil 

Le Vatican assume haut et fort sa récente conversion à l’Internet, que ce soit dans ses discours ou sur les réseaux sociaux. Applications, comptes Twitter et Facebook, messes en lignes, tous les moyens sont désormais bons, même au Québec, pour embrasser ce que le Pape François a appelé «un don de Dieu».

L’Église n’a pas toujours vu le Web et les médias sociaux d’un bon oeil. Jusqu’à il y a quelques années, le Vatican associait encore l’Internet au mal. «L’Église catholique est toujours en retard pour adhérer à de nouvelles mentalités. Ici, son adaptation s’est faite rapidement, mais en temps normal, cela peut prendre deux cent ans», explique le religiologue et professeur à l’Université Concordia, André Gagné. Selon lui, ce changement de mentalité n’est pas anodin. «L’Église a pris conscience qu’aujourd’hui, même les personnes âgées possèdent des téléphones intelligents», indique-t-il.

Après avoir accepté cette réalité, l’Église n’a pas tardé à s’implanter dans la sphère des médias sociaux. L’inscription de Benoit XVI, puis de François sur Twitter en sont des bons exemples. Il y a aussi la création d’applications à motifs religieux qui permettent de lire la Bible sur sa tablette ou encore de suivre la messe à distance.

Croyant cherche Église 

Le Québec ne fait pas exception à cette conversion de l’Église aux médias numériques. Le Diocèse de Montréal a en effet lancé sa propre application à l’automne 2014 à la demande de l’archevêque et du service des communications. Avec un taux de fréquentation variant entre 500 et 1000 utilisateurs par mois, celle-ci permet aux croyants de trouver la messe la plus proche en termes de temps et de distance grâce à la localisation GPS. «On voulait éviter que les gens aient à planifier à l’avance leurs visites à l’église, qu’ils puissent y aller spontanément», explique l’agent de communication du diocèse, Jean-Nicolas Desjeunes, qui a aussi aidé à sa conception.

L’application possède d’autres sections, comme la diffusion des nouvelles sur la communauté religieuse, une zone vidéo et une plateforme inspirée de Twitter qui permet la publication d’intentions de prières. Ces aspects étaient primordiaux dans l’élaboration d’une application, croit M. Desjeunes. Les intentions de prières permettent, par exemple, d’apporter un aspect plus participatif à l’expérience. Cependant, l’élément central de l’application reste la partie «trouver une église».

M. Desjeunes affirme que le diocèse ne révolutionne rien avec son application, bien qu’elle soit le premier outil de ce genre au Canada. «Nous avons fouillé un peu au début pour s’inspirer, mais nous n’avons pas trouvé grand-chose, expose-t-il. De toute façon, nous avions déjà une idée de ce que nous voulions.»

La limite Internet 

Beaucoup d’hommes et de femmes d’Église, bien qu’ils considèrent que les médias sociaux sont un outil providentiel pour diffuser la foi catholique, voient tout de même une limite à son utilisation. C’est le cas du prêtre Nicola Dinarzo qui croit que ces outils amènent un certain paradoxe dans nos relations interpersonnelles. «L’utilisation des médias sociaux nous permet de nous rapprocher, mais entraîne aussi un certain éloignement puisqu’elle peut mener à une sorte de paresse qui nous dissuade d’aller rejoindre les gens autrement que sur le Web», note-t-il.

Pour cette raison, l’abbé Dinarzo croit que les médias sociaux sont des instruments et non, une fin en soi. Il estime d’ailleurs que l’application du Diocèse de Montréal fait partie de cet effort d’utilisation active des réseaux sociaux. En plus d’aller rejoindre les gens où ils sont, il ajoute qu’elle facilite aussi la diffusion des communications dans un contexte où les horaires des messes sont souvent mal affichés à cause du vandalisme.

Tangi Bertin

M. Gagné nuance cet enthousiasme en indiquant que cette application n’incitera aucun nouveau croyant à s’asseoir sur un banc d’église. «Ça va tenir au courant les personnes qui sont encore à l’église, mais ce n’est pas ça qui va générer un attrait chez les non-croyants ou les non-pratiquants», commente-t-il.

Le Diocèse de Montréal se défend en affirmant que son application n’a pas été créée dans le but d’amener plus de personnes à la messe, mais bien de mettre à jour ses moyens de communication. «On voulait simplement donner un outil de plus aux gens pour vivre leur foi», assure M. Desjeunes.

M. Gagné concède que tous les moyens sont bons pour garder les fidèles y compris le numérique. Il continue cependant d’affirmer que l’Internet ne sauvera pas l’Église et que ce n’est pas en ayant un compte Twitter ou une application qu’un enfant ou qu’un adolescent va avoir envie d’aller à la messe. «La vraie rédemption de l’Église ne sera possible qu’en changeant ses positions sur les grands enjeux de société et qu’en modernisant sa vision de la morale», conclut le religiologue.

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