Occupons le monde

dimanche 13 novembre 2011 1:00

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Par Simon Dansereau

En 2008, une crise financière sans précédent plonge Wall Street dans la tourmente la plus totale et se propage ensuite partout dans le monde. Trois ans plus tard, des mouvements d’indignation face au système capitaliste migrent de la rue où l’argent ne dort jamais jusqu’aux quatre coins du monde.

Montréal suit la vague de protestations avec Occupons Montréal. «Nous sommes le changement», scandent les protestataires avec conviction. Maximilien, qui campait sur les lieux depuis trois jours, veut conscientiser son entourage et protester contre les inégalités sociales face au pouvoir grandissant de la finance. «Le mouvement m’a accroché et j’ai voulu y participer dans ma ville, c’est pour ça que je suis ici», explique-t-il. Ce dernier note toutefois un problème de perception chez les commerçants des alentours. «Ils pensent que ce sont juste des hippies qui sont ici pour jouer du tam-tam, mais ce n’est pas le cas. Beaucoup de gens éduqués, qui ont un bon emploi sont parmi nous. Ce sont surtout des jeunes», poursuit Maximilien, lui-même étudiant.

Réunis en cercle à la sortie du métro Square-Victoria, face à la Tour de la Bourse, une soixantaine d’entre eux s’organisent en prévision de l’hiver. On compte installer des tipis ou élaborer un système de chauffage. Par cette action commune, le groupe cherche néanmoins à établir un sentiment de solidarité entre les indignés. Le 30 octobre dernier, ils ont aussi organisé la «Marche du peuple» afin de continuer leur action citoyenne.

Face à cette mobilisation populaire, un courtier boursier montréalais désirant garder l’anonymat a émis des réserves par rapport aux critiques faites à la crise financière. Pour lui, elle n’est pas atypique. «Elle est le résultat de plusieurs facteurs: le système bancaire américain non réglementé, les individus qui ont emprunté massivement et les banques qui les ont financées», affirme-t-il. Il ne pense donc pas qu’on puisse attribuer la faute uniquement aux banques, comme le prétendent les protestataires, étant donné que les individus et le gouvernement sont aussi à blâmer.

La question de l’endettement est selon lui la responsabilité des individus. «Ils achetaient des maisons financées à 100 %, voire 110 %, et n’avaient plus de marge de manœuvre au moment de payer. Ils ont donc fini par écoper». Toutefois, il souligne que ce sont eux-mêmes qui ont consenti à emprunter de leur plein gré sur toute la valeur de leur maison. «Tout le monde savait que la bulle immobilière allait éclater, mais quand ça va bien, on continue pareil», prétend-t-il.

L’homme d’affaires donne en partie raison aux revendications des «indignés». Selon lui, ultimement, le problème est politique. Puisque les gouvernements sont obligés de rendre des comptes à leurs bailleurs de fonds qui permettent aux partis politiques d’accéder au pouvoir, ils sont de moins en moins capables d’allouer les ressources aux bénéficiaires de la société. Il constate aussi que le coût élevé des dépenses de l’État, auxquelles personne ne veut toucher – les postes et les pensions des fonctionnaires, par exemple – et l’impossibilité de hausser les impôts sont d’autres composantes du problème.

Par contre, pour lui, peu d’avenues sont possibles pour s’en sortir. Le politicien qui voudra s’atteler à changer les choses sera contraint de faire des choix difficiles surtout en ce qui a trait à la réduction de la dette de l’État. «Les gens ne veulent pas entendre la vérité, parce qu’ils n’en voient pas l’impact sur leur quotidien, donc ils ne voteront jamais pour ça», souligne-t-il. Il donne l’exemple de notre dette, qui représente 70% de notre produit intérieur brut (PIB). Elle gonfle à chaque année vu les dépenses grandissantes de l’État, mais il déplore qu’aucun gouvernement ne veuille couper dans celles-ci afin d’atténuer les effets de ce fardeau financier pour les générations futures.

Aspirer à plus de justice et protester contre l’impuissance de l’État face à la domination du capital sont autant de raisons qui poussent les manifestants à continuer. Leur action s’est d’ailleurs répandue dans 1500 villes du monde. En comparant le système politique nord-américain à ce qui existe ailleurs sur la planète, le courtier se rassure. «J’aime autant ça qu’une dictature. Dans ce système-là, les manifestants qui campent se seraient fait chasser après une journée.»

Crédit photo : Vanessa Hébert

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