Les livres pseudo-populaires

mercredi 4 mai 2016 2:38

Astrologie, parapsychologie, ésotérisme… La pseudo-science se cache de nos jours sous plusieurs visages, mais attirent toujours une clientèle très stable au fil des années. La quête de sens qu’elle représente est universelle, et surtout, inépuisable. 

Par Alexis Gohier-Drolet

Tout comme les croyances qui s’y rattachent, la littérature spirituelle ne date pas d’hier. Forte d’une clientèle fidèle, elle occupe constamment une petite part du marché du livre québécois.

Bien que plusieurs domaines gagnent ou perdent de la popularité, le tout varie très peu. «L’astrologie ne se vend presque plus. Aujourd’hui, ce qui est populaire, ce sont les livres de cuisine», affirme avec humour le professeur titulaire de l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, Serge Larrivée.

Groume

Avec en moyenne 5018,25 cm en 2001 et 5632,60 cm en 2011, l’espace occupé par les pseudosciences sur les étagères n’a pas significativement changé. Il en est de même pour la littérature scientifique, qui est passée de 798,83 cm à 941,28 cm. «Ça n’a presque pas bougé, toujours en faveur des pseudosciences», explique ce spécialiste des pseudosciences. En proportion, les pseudosciences occupent toujours «près de 90%» du total, laissant un peu plus de 10% pour les sciences. Serge Larivée, avec plusieurs collaborateurs, a tiré ces conclusions à la suite d’une étude longitudinale pour déterminer la place physique occupée par les ouvrages pseudo-scientifiques et spirituels ainsi que par les ouvrages de vulgarisation scientifique en 2001 et 2011, dans respectivement 55 et 72 librairies québécoises.

Malgré tout, les pseudosciences n’occupent qu’une petite part de marché. La responsable des relations avec les médias pour la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), Claire-Hélène Lengellé, souligne que la littérature étudiée se retrouve dans deux catégories. La première, parapsychologie et occultisme, représente seulement 0,32% des 4 435 309 livres empruntés à la BAnQ pendant l’année 2014-2015. La seconde catégorie, psychologie, est très large et englobe le bien-être et la psychologie populaire. Elle ne représente que 1,32% du total. Somme toute, la lecture est une activité principalement féminine et la littérature spirituelle attire surtout les femmes entre 35 et 54 ans.

Les célébrités s’en mêlent

Certaines célébrités endossent les livres ésotériques, ce qui contribue à leur succès. En octobre dernier, Ginette Reno, aux éditions Michel Lafont, a publié Le livre de la Lumière, la traduction d’un livre de messages spirituels et de conseils de vie écrit par Alexandra Solnado. La décision d’écrire ce livre fut personnelle pour Ginette Reno. Par conséquent, aucune étude de marché ne fut réalisée pour voir si un public existait pour ce genre de publication. Malgré cela, Charles Lemay remarque que «cet automne, plusieurs livres ont été publié sur la découverte de soi, dont plusieurs par des célébrités, par exemple Sois ta meilleure amie par Josée Boudreault.»

En quatre mois, plus de 55 000 exemplaires ont été vendus. L’adjoint de la relationniste de presse de Ginette Reno, Charles Lemay, se réjouit de cette popularité. «Pour être considéré comme un « best-seller » au Québec, un livre doit vendre plus de 5 000 copies», explique-t-il.

Dans ce cas précis, les fans de Ginette Reno coïncident avec la clientèle des livres ésotérique. «Les fans de Ginette Reno sont généralement âgés, fidèles et spirituels», commente Charles Lemay. «Sans être religieux, beaucoup d’entre eux croient qu’une force les guide dans leur vie.» Les croyances des lecteurs s’étendent des domaines ésotériques jusqu’au paranormal, une discipline qui a connu son apogée dans les années 50 et 60.

Paranormal, pas pseudoscience

Il y a une distinction à faire entre pseudoscience et paranormal. Le premier représente des domaines qui prétendent être une science, sans pour autant en avoir la démarche ou la rigueur. Le paranormal est plutôt associé aux évènements ou créatures dont l’explication est inconnue ou hors de nos lois physiques. L’ufologie, ou l’étude des objets volants et des phénomènes aérospatiaux non identifiés, est un exemple de thème paranormal. Ufologue, métaphysicien et auteur, Jean Casault refuse l’appellation de «pseudoscience» pour l’ufologie, qu’il juge «dégradante». Pour lui, l’ufologie ne peut prétendre être une science, car c’est en fait une discipline qu’il compare à l’enquête policière. «Mon travail consiste à rencontrer le témoin d’un évènement paranormal et de vérifier ses dires une étape à la fois», décrit-il. En près de 50 ans, Jean Casault estime le nombre de témoignages à plusieurs centaines de millions, dont «28 à 32% restent à ce jour sans explications».

Selon lui, le mystère associé à ces phénomènes contribue à les rendre populaires. «Face à l’inconnu, les gens ont deux réactions possibles?: avoir peur ou être curieux», conclut-il.

Serge Larivée affirme que le succès de cette littérature est dû en partie à la quête de sens de ses lecteurs. «Les pseudosciences et le paranormal offrent aux lecteurs des réponses rapides aux questions qu’ils se posent», atteste-t-il.

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