Le culte de la Sainte-Flanelle

jeudi 5 mai 2016 3:48

Le Canadien de Montréal, à tort ou à raison, est considéré comme étant une religion dans son royaume. Présent dans le paysage québécois depuis 1909, il déchaîne toujours autant les passions.  

Par Émile Bérubé-Lupien

L’univers des Canadiens de Montréal est empreint d’une certaine spiritualité, ses joueurs étant surnommés les «Glorieux» et son uniforme, la Sainte-Flanelle. Le leadership de l’équipe est représenté par le directeur général, l’entraîneur-chef, qui met en œuvre les directives de son patron, et le capitaine, qui est en quelque sorte l’âme de l’équipe.

La formation montréalaise présente plusieurs similitudes avec celui de la Sainte-Trinité. Regarder une partie de hockey, que ce soit entre amis ou au Centre Bell, de par le sentiment de communion que ce rituel instaure parmi les spectateurs formant alors une famille, s’apparente fortement à une messe.

Selon l’enseignant de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal et détenteur d’une maîtrise en nationalisme sportif, Tony Patoine, le rituel du fan est aussi quasi-identique à celui de la prière du fervent catholique. Comme le fidèle, le partisan se lève le matin en consultant les dernières nouvelles sportives, fait un tour d’horizon de celles-ci durant son heure de dîner et finit par visionner les bulletins sportifs de fin de soirée chez lui. Chez certains partisans, l’équipe peut même revêtir un rôle encore plus grand, selon l’enseignant. «Le Canadien de Montréal devient un lieu sacré, qui remplace la fonction centrale de la religion et qui peut redonner espoir.»

Le théologue spécialisé dans le domaine du sport, Olivier Bauer, souligne qu’à l’instar de l’Église catholique, le Canadien de Montréal a aussi quelque chose à voir avec l’identité et même le nationalisme québécois. Il rappelle qu’il y a une cinquantaine d’années, un joueur comme Maurice Richard, qui a aujourd’hui un trophée à son nom, représentait alors une idole pour ses partisans. Le Rocket, en se faisant suspendre en 1955, a même provoqué une émeute rappelant les débordements de foi que toute religion a déjà connue. Des possessions de ce grand joueur se vendent d’ailleurs encore à prix d’or, comme dans le cas des reliques religieuses ayant appartenu à des saints, qui proliféraient au Moyen-Âge. Le théologue va jusqu’à déclarer que «la religion du Canadien est fondamentalement un monothéisme et son Dieu unique s’appelle Maurice Richard.»

D’après Olivier Bauer, le Canadien de Montréal présente plusieurs similitudes avec la religion catholique. Ainsi, le partisan, comme le fidèle, va chercher à afficher sa foi pour son équipe en arborant une casquette ou un chandail ?à son effigie. La phrase célèbre de Marx, «La religion est l’opium du peuple», ?peut également, selon lui, s’appliquer au sport alors que l’engouement pour le hockey chez certains peut endormir l’intérêt pour d’autres sujets qui peuvent être considérés comme plus importants.

Leave a reply

required

required

optional