Un sport qui vire à l’envers

mardi 6 mars 2012 7:44

Par Karolane Landry. Crédit photos : Martina Muller.

Neuf longs poteaux métalliques sont installés à un plafond d’environ quatre mètres de hauteur. Sur chacun des poteaux, une jeune femme s’agrippe et effectue des rotations la tête vers le sol. Les cuisses rougies du frottement contre le poteau, les muscles endoloris et la figure couverte de sueur, elles effectuent leur chorégraphie sur laquelle elles travaillent d’arrache-pied durant des heures. Il n’est pas question ici d’un bar de danseuses, mais bien d’un cours de pole dancing fitness au centre d’entraînement Alternative Fitness de Montréal.

Plusieurs entretiennent des préjugés sexuels face à cette activité, souvent confondue avec la danse du poteau qu’effectuent les danseuses nues dans les bars. Mais il n’y pas lieu d’avoir de tabous.  Le pole dancing fitness est réellement un sport; c’est simplement qu’il y a deux façons de pratiquer celui-ci. Ceux qui expriment le côté sensuel et sexuel préfèrent le pole dancing, la danse exotique, et de l’autre côté, il y a le pole dancing fitness, activité exigeante qui se pratique pieds nus ou en espadrilles. «Ici on veut vraiment faire sortir le côté sportif. Il n’y a pas une des deux façons qui est mieux que l’autre, mais ce sont simplement des choses que l’on doit dissocier», dit Maiko Starr, propriétaire du Alternative Fitness, situé sur la rue Amherst.

Ce qui n’aide pas non plus à l’image du pole fitness, selon elle, est que les filles doivent être en petite tenue pour pratiquer le sport, car elles utilisent leur taille, les épaules, l’intérieur des cuisses pour s’agripper au poteau. Malgré une image de bar de danseuses qui leur colle à la peau, les professeurs indiquent que le seul moyen de combattre les préjugés est d’essayer ce sport. «Même les sceptiques qui pensent que ce n’est pas difficile repartent les bras raqués!», rapporte Maiko Starr. Selon elle, les femmes ne font plus seulement du pole fitness pour leur mari ou pour être séduisante, mais vraiment pour le sport. Cela va donc chercher des gens qui ont le goût de s’entraîner en faisant quelque chose de plus amusant que d’aller au gym.

Le pole dancing fitness est à mi-chemin entre la danse et le cirque, tous deux des sports reconnus. Le sport de poteau emprunte la souplesse et les acrobaties au cirque, alors qu’elle privilégie le rythme et le côté chorégraphié de la danse. Le problème avec le cirque à lui seul est qu’il n’est pas accessible à tous, mentionne Maiko Starr. Les personnes qui ont un petit surplus de poids ou qui n’ont jamais fait de sport de leur vie vont avoir beaucoup de difficultés, c’est trop extrême et la danse seulement n’est pas un moyen de s’entraîner et de perdre du poids, ce n’est pas assez intense. Le pole fitness, lui, est absolument pour tout le monde, assure-t-elle. Conçu pour être intense, il s’adapte à tous les types de corps, même pour des gens qui ne se sont jamais entraînés de leur vie. «Au début, je pesais 160 livres et en deux mois, je suis descendu à 135», confie Maiko Starr.

Comme dans tous les sports, plusieurs compétitions sont maintenant organisées au niveau régional, provincial, national et international. On retrouve plus de 30 compétitions cette année à travers le monde. Du côté de Montréal, la première compétition de pole fitness dans cette région a eu lieu l’année dernière The Battle of the Pole, organisée par le festival Juste Pour Rire. Cette compétition se répètera cette année. De plus, un premier championnat québécois aura lieu, en collaboration avec la Pole Fitness Association (PFA).

Un sport de niveau olympique?

Le sport prend de plus en plus d’expansion au fil des ans. Selon les statistiques de la PFA, située à Salt Lake City en Utah, il y aurait environ 7 000 studios à travers le monde, une augmentation de 300% par année dans les trois dernières années. Beaucoup d’athlètes et d’organisations, dont la PFA pensent que ce sport devrait être reconnu aux Jeux Olympiques. Lizz Schofield, fondatrice et directrice de la PFA, croit dur comme fer en sa pertinence.  «Ce sera peut-être dans plusieurs années, mais le pole fitness fera partie des Olympiques.» Pour Maiko Starr, toutefois, l’équipement utilisé pourrait nuire au processus. «Tant que les talons hauts ne seront pas bannis des compétitions, ce ne sera pas possible. On ne pourra jamais voir la vraie nature du sport.»

D’ailleurs, la PFA et la International Pole Sport Federation sont  déjà en campagne pour voir leur sport monter à ce niveau. Ils vont présenter leur projet auprès des membres du comité olympique et faire des démonstrations en juillet aux jeux de Londres 2012 ainsi qu’aux jeux qui se tiendront au Brésil en 2016. Le comité olympique pourra ensuite prendre une décision à savoir si le sport est assez exigent pour qu’il soit intégré aux Olympiques dans les années qui vont suivre.

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