Superstitieux, vraiment chanceux ?

jeudi 5 mai 2016 4:29

Les athlètes professionnels se préparent normalement toujours de la même façon avant une partie. Pour certains, c’est sans signification, mais pour d’autres, c’est inévitable.

Par Gabriel Guénette

Les superstitions sont des phénomènes étranges et farfelus que plusieurs athlètes développent au cours de leur carrière, mais elles peuvent devenir plus un handicap qu’une solution miracle.

Le spécialiste de la psychologie sportive et membre professionnel de l’Association Canadienne de Psychologie du Sport, tient d’abord à trier trois concepts souvent mélangés, soit le rituel, la routine et la superstition. D’abord,  il y a la routine qui inclut tout ce qui a un réel impact sur ta préparation. Il donne comme exemple l’échauffement physique avant une partie pour éviter les blessures. Ensuite, il a le rituel. «Ce n’est pas nécessairement magique, mais ce n’est pas nécessairement préparatif. C’est ce qui va te permettre d’être concentré.», explique le spécialiste. Finalement, il y a la superstition, qui est la recherche de chance et du hasard. «C’est la fausse croyance», dit Jonathan Lelièvre.

C’est d’ailleurs le cas de Maxime Comtois, joueur recrue des Tigres de Victoriaville, équipe évoluant dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). «Dans l’équipe, c’est lui qui est le plus marquant par rapport aux superstitions», affirme Bruce Richardson, l’entraineur de la formation.
Maxime a plusieurs superstitions qu’il doit absolument répéter avant ou après ses parties. «Quand on gagne, je garde toujours le même habillement et je garde cette façon de m’habiller jusqu’à ce qu’on arrête de gagner, raconte l’ailier gauche. Aussi, je dois toujours faire mon signe de croix avant d’embarquer sur patinoire.» De plus, Maxime a des superstitions hors glace. «Partout où je vais, sur la route comme à la maison, je dois dormir avec le même oreiller.»

Ces superstitions se sont installées dans la préparation de Maxime alors qu’il cherchait une bonne routine. «Au début, c’était pour rester focuspour me mettre dans la partie. Ensuite, tu entends des choses que d’autres font, tu les essaies et tu vois que ça fonctionne, donc tu les gardes.»

Simon James

Jonathan Lelièvre voit l’installation d’une superstition de la même façon.?Selon lui, tout débute avec une bonne partie. Ensuite, l’athlète installe sa superstition en faisant à nouveau la chose qui semble lui amener de la chance.   «Tu réussis ensuite à avoir une autre belle performance, donc tu commences à te dire que peut-être cela fait partie de ta recette gagnante», explique le spécialiste.

Le spécialiste en psychologie sportive ajoute que parfois, une superstition perd de son effet «magique» dans la tête de l’athlète et devient tout simplement un rituel. «Par exemple, ton chandail chanceux, même si tu ne crois pas que c’est encore ça qui te fait bien performer, tu continues de le mettre pareil en tant que rituel, parce que tu te sens bien avec.» Il donne notamment l’exemple de Michael Jordan, qui portait son ancien uniforme en dessous de son vrai uniforme. «Tout le monde savait que ce n’était pas cet uniforme qui le faisait performer, mais c’était rendu un rituel pour lui de le porter, c’était dans ses habitudes», explique Jonathan Lelièvre. C’est donc une des raisons pour laquelle ce dernier donne une importance à séparer les différents concepts.

C’est une explication que Bruce Richardson approuve. «J’ai joué 14 ans au hockey professionnel et je n’étais pas vraiment superstitieux, confie-t-il. Toutefois, j’ai développé la superstition de devoir mettre tout le côté gauche de mon équipement avant le côté droit, mais avec le temps, c’était une habitude, rien à voir avec la chance.»

Habitude contraignante 

Jonathan Lelièvre tient à mettre une mise en garde avec les superstitions, puisqu’elles peuvent devenir plus un inconvénient qu’une solution chanceuse. Il croit que le réel problème des superstitions, c’est quand elles arrivent un niveau si fort dans la préparation de l’athlète que ce dernier ne peut plus s’en passer, craignant une mauvaise performance. De plus, il ajoute que certaines superstitions sont très difficiles à reproduire, dépendamment si l’équipe est à domicile ou à l’extérieur. «?Par exemple, taper son bâton toujours de la même façon, c’est correct, mais devoir toujours avoir la même couleur de ruban, c’est plus difficile à toujours reproduire.», donne-t-il en exemple.

Maxime dit qu’il doit toujours manger un steak avec du riz et des brocolis avant chaque partie à domicile, ce qui amène Jonathan Lelièvre à relever un autre aspect dangereux des superstitions. «Quand les superstitions vont jusqu’à devoir manger le même repas avant chaque partie, il peut avoir un problème, car certains repas ne seraient pas recommandés par une nutritionniste. Il faut faire attention à ce niveau, même si le joueur dit se sentir mieux en mangeant ce plat précis.»

Les superstitions semblent à première vue être quelque chose de bien personnel, que chaque joueur développe individuellement. Cependant, Bruce Richardson semble voir d’un autre avis.?«Dans notre cas, les superstitions sont beaucoup plus d’équipe, souligne l’entraîneur. Les joueurs vont avoir le même cri de ralliement avant chaque partie.  Même qu’à chaque fois que l’équipe gagne à l’extérieur, le conducteur de l’autobus donne deux coups de klaxon pour signifier les deux points récoltés.»

 

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