Un peuple insoumis

jeudi 30 juin 2016 5:00

Sur North Sentinel, un îlot d’à peine 72 kilomètres carrés se trouvant au beau milieu du golfe du Bengale, vit le peuple des Sentinelles qui se refuse à tout contact avec l’étranger. 

Par Émile Bérubé-Lupien 

Si l’île est officiellement sous la juridiction de l’Inde, la situation est plus complexe. Les Sentinelles vivent dans un état semi-primitif, se nourrissent principalement de poisson et de tortue et vont jusqu’à accueillir avec des salves de flèches les téméraires souhaitant établir un contact avec eux. En 2006, Survival France rapportait qu’une rencontre avec des pêcheurs ayant tenté d’accoster leur île s’était soldée par leur mort.

Selon le chargé de cours au sein du Département des sciences des religions à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Frédéric Castel, cette méfiance à l’égard du monde extérieur pourrait être le résultat de mauvais contacts ayant eu lieu il y a un certain temps. «Normalement, les peuples dits primitifs ne sont pas aussi agressifs, souligne-t-il. Certaines tribus isolées, comme les Papous de la Nouvelle-Guinée, se sont même montrées accueillantes par le passé.»

Or,  le spécialiste de la géographie culturelle à l’UQAM, Mario Bédard, avance qu’il serait possible que les Sentinelles aient choisi de ne pas évoluer malgré le contexte de mondialisation qui les entoure puisqu’ils se satisfont de ce qu’ils ont. Le professeur considère de surcroit que le peuple pourrait conserver son essence s’il y avait une invasion, mais seulement si on lui permet de poursuivre le même mode de vie.

Frédéric Castel abonde dans le même sens, rappelant que l’Inde a établi des lois visant à restreindre les contacts avec les habitants de North Sentinel. Il admet toutefois qu’en cas de colonisation, les risques d’acculturation seraient bel et bien présents, alors que les touristes visitant l’île pourraient tenter d’entrer en contact avec les indigènes, troublant alors leur quiétude. Le chargé de cours écarte cependant l’hypothèse selon laquelle le système immunitaire des Sentinelles pourrait être mis à mal par d’éventuelles visites. Il explique cela par le fait que les premières personnes à visiter l’île viendraient assurément de pays possédant des conditions climatologiques similaires aux leurs, et donc qu’elles auraient été exposées à des maladies semblables à celles présentes sur le territoire des Sentinelles.

Une particularité génétique les distingue toutefois des pays avoisinants. Malgré le fait que ses membres résident sur une île située entre l’Inde et la Thaïlande, les Sentinelles n’ont pas la même couleur de peau que leur entourage. Ils sont plutôt dotés de traits rappelant davantage ceux des habitants d’Afrique, qui demeurent pourtant à quelques milliers de kilomètres. Frédéric Castel indique que les Sentinelles seraient des substrats, des «résidus» des peuples noirs qui vivaient en Inde il y a plusieurs milliers d’années.

Cette différence génétique qui n’a pas muté au fil des années est d’ailleurs la preuve que le peuple pourrait donc continuer à vivre en paix, si les lois interdisant les contacts avec les Sentinelles sont maintenues et respectées. Et ce, même si les impacts de la mondialisation venaient qu’à se rendre jusqu’à l’île si chèrement défendue.

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