Congélateur survivaliste

jeudi 30 juin 2016 5:25

Devant les changements climatiques et les potentielles crises alimentaires, la planète s’est construit une arche de Noé agricole. 

Par Simon Lefranc 

L’humanité entrepose depuis huit ans une partie de ses graines végétales à la Réserve mondiale de semences située à Svalbard, sur l’île norvégienne de Spitzberg, afin de préserver la diversité génétique.

«La Réserve du Svalbard sert à sécuriser une grande collection de graines et de gènes. Ce projet a pris toute son importance avec les changements climatiques ayant fait disparaitre des milliers d’espèces de plantes», explique la porte-parole du Ministère de l’Agriculture de Norvège, Grethe Helene Evjen. Elle ajoute qu’une grande partie des semences ne sont plus utilisées par les fermiers et que cette situation peut parfois les mener à négliger ces graines.

European Commission DG ECHO

Inaugurée en 2008, la Réserve de semences entrepose 4000 espèces de plantes, soit un total de 840?000 graines provenant de 233 pays et territoires sur le globe, selon les données de 2015 mises à jour par la banque de semences. Se méritant la sixième place sur le podium des «inventions de l’année 2008» par le magazine Time, son coût s’est élevé à près de neuf millions de dollars américains. Son financement est assuré à 72 % par l’État norvégien, à 23% par des fondations comme celles de Bill Gates et de David Rockefeller, et 5% par des sociétés privées.

Les plantes ont été optimisées pour le rendement puisque les compagnies agricoles leur fournissent tout un environnement technique le permettant. S’il arrive une crise et qu’elles ne peuvent plus fournir d’engrais chimiques, de pesticides ainsi que de très importantes quantités d’eau, l’humanité pourrait faire face à une crise agricole sans précédent, car les gènes généralistes n’existeront plus.

Selon la professeure de sociologie spécialisée en Sciences de l’environnement à l’UQAM, Louise Vandelac, cette réserve n’est rien d’autre qu’une duperie. «La véritable menace à la biodiversité est la monoculture intensive pratiquée par les mêmes compagnies qui financent l’établissement», mentionne la sociologue qui s’appuie sur les travaux du biologiste Pierre-Henri Gouyon. Cela traduit une incompréhension de la biodiversité devant continuellement se transformer pour se maintenir. De plus, les semences congelées ne germeront plus après 10 ans. Les compagnies agroalimentaires soutiennent pourtant que la biotechnologie sera suffisamment avancée pour recréer des plantes à partir de génomes de graines.

«Je ne crois pas que ce soit une motivation pour ceux qui entreposent les semences à Svalbard, car la protection de leurs grains locaux demande tout autant d’effort, estime Grethe Helene Evjen. Ce n’est qu’un ‘’back-up’’ au cas où il arriverait un évènement sur lequel ils n’auraient pas de contrôle.» Contrairement à ce que plusieurs théories laissent présager, la porte-parole du Ministère de l’Agriculture de Norvège soutient que la Réserve mondiale de semences ne reçoit pas de financement de la part du géant de l’agrochimie Monsanto ou de compagnies privées.

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