L’essor de la terreur, un boom à surveiller

jeudi 30 juin 2016 5:19

Le terrorisme, fléau actuel des sociétés, instaure un climat de peur à l’échelle mondiale. En constante évolution et de plus en plus axé sur des victimes civiles, il est loin de disparaître. 

Par Maude Petel-Légaré 

L’écho de cette violence se fait entendre partout dans le monde et plus particulièrement dans les pays en guerres civiles où se trouve la majorité des victimes d’actes terroristes. Toutefois, la crainte envahit l’Occident et laisse la prévention comme unique espoir d’éradiquer la menace.

CHALIFOUX, William G. et al., «L’effet 11 septembre, 15 ans après», Éditions Septentrion?: Montréal, 2016

CHALIFOUX, William G. et al., «L’effet 11 septembre, 15 ans après», Éditions Septentrion?: Montréal, 2016

Relativiser la menace

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le chercheur William Grenier Chalifoux, la menace terroriste est en constante transformation et ne cesse de croître. «Depuis quatre ans, elle a quadruplé. Il est devenu une priorité d’agir dans plusieurs pays», rapporte celui qui est en plein processus d’écriture sur le sujet. Cependant, cette menace est beaucoup plus importante en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient qu’en Occident. «En 2014, 53% des victimes se trouvaient en Irak et au Nigéria, deux pays en guerre civile», soutient-il.

Historiquement, il y a eu plusieurs mouvements de terrorismes en Occident. «Ces vagues étaient portées par des idées révolutionnaires, telles que l’anarchisme à la fin du XIXe siècle, les mouvements de communications, et par d’autres groupes dans les années 1960-1970», explique le directeur adjoint de l’Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul Dandurand, Pierre Alain Clément. Les civils sont cependant de plus en plus touchés aujourd’hui. «Il y avait une panoplie d’attentats, mais c’était plutôt des assassinats ciblés. Aujourd’hui, le terrorisme devient indiscriminé», rétorque William Grenier-Chalifoux.

Terrorisme, impossible à définir

Selon le codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent, Stéphane Berthomet, les États ne s’entendent pas entre eux sur une définition exacte du terme, mais peuvent toutefois analyser ses motivations. «Le terrorisme crée un climat de peur en utilisant la violence dans un objectif qui soit politique, idéologique, religieux ou autre», évoque l’analyste. Bien qu’il soit difficile à caractériser, Pierre Alain Clément distingue le terrorisme des autres violences lorsqu’il est commis par des acteurs non étatiques et qu’il n’est pas considéré comme légal ni légitime. «Il y a certaines violences qui visent plus à détruire physiquement l’ennemi et d’autres à l’affaiblir moralement à travers des actes particulièrement horribles», complète-t-il. Cette tendance de destruction morale s’inscrit dans un changement digne du XXIe siècle.

CHALIFOUX, William G. et al., «L’effet 11 septembre, 15 ans après», Éditions Septentrion?: Montréal, 2016

Vers une structure définie

Le terrorisme se modifie quotidiennement. «Auparavant, les tactiques étaient plutôt sensationnelles, telles que des détournements d’avion et des prises d’otages, indique Pierre Alain Clément. Maintenant, on vise de plus en plus les civils, car ce sont des cibles plus ‘’accessibles’’ et vulnérables.»? Toutefois, le «spectaculaire» est encore au cœur des tactiques pour médiatiser l’idéologie des groupes terroristes. Selon le directeur adjoint de l’Observatoire de géopolitique, cette spectacularité est liée à l’intention des groupes terroristes. «Ils deviennent de plus en plus ambitieux dans la forme des attaques, précise Pierre Alain Clément. Il y a une multiplication des opérations de chefs d’envergures qui saturent les défenses et il y a de plus en plus d’opérations coordonnées à cibles multiples». Selon William Grenier-Chalifoux, ce phénomène s’explique par la décentralisation des réseaux terroristes. «Maintenant, il y a une multitude de cellules décentralisées qui font des attentats et qui se réclament d’un groupe sans qu’il soit nécessairement un lien direct avec celui-ci», met de l’avant le chercheur.

Le terrorisme est de plus en plus élaboré dans les sociétés. «On n’est pas à l’abri au Canada de devoir faire face à ce que rencontrent aujourd’hui les Occidentaux en Europe, c’est à dire des réseaux qui deviennent de plus en plus structurés au fur à mesure que l’expérience du terrorisme s’amplifie», mentionne l’analyste Stéphane Berthomet.

Réagir pour prévenir

Devant cette hausse croissante de la crainte, plusieurs acteurs sociaux sont sensibles aux répercussions du terrorisme et veulent les prévenir. Le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence a d’ailleurs ouvert ses portes pour diminuer les risques d’un endoctrinement face à une quelconque idéologie violente. «La prévention n’est pas dans l’acte du terrorisme. Nous intervenons dans un moment bien précis antérieurement aux actes, pour ainsi s’assurer que les choses ne puissent pas aller plus loin?», témoigne la professionnelle en communications et en relations interculturelles du Centre, Anamaria Cardona. Par contre, selon Pierre Alain Clément, la réaction médiatique face aux attentats permet aux groupes de gagner en popularité. «En faisant de l’État islamique l’ennemi public numéro un, cela alimente sa crédibilité et sa légitimité comme résistant, ce qui lui permet de rester attractif, de diaboliser et de recruter», s’inquiète-t-il.

En dépit des statistiques en hausse, l’optimisme est au cœur du programme de Centre de prévention et de radicalisation menant à la violence. «On croit vraiment à ce que nous faisons, si on le fait c’est qu’on a beaucoup d’espoir et on croit absolument que la prévention fait la différence», remarque Anamaria Cardona. Le terrorisme est loin de disparaître de nos sociétés, mais l’espoir d’y remédier ne cédera pas.

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