Vivre dans un no man’s land identitaire

vendredi 1 juillet 2016 12:22

Par Matisse Harvey

«Je suis né à Québec, d’un père polonais et d’une mère libano-syrienne. Pourtant, je ne me sens pas immigrant.»

Cette formule, c’est celle parmi tant d’autres qui surgit souvent quand vient le temps de parler d’identité. Celle qu’il a du mal à cerner, lui qui ne maîtrise que trois mots de la langue de son père, qui cuisine quelques mets typiques de sa mère et qui connaît chaque recoin de sa ville natale.

On cherche trop à s’étiqueter mutuellement. À classer chaque personne dans un moule étanche qui ne laisse pas de place à l’ouverture. Alors qu’au fond, chacun possède un bagage culturel qui en dit long sur son vécu. C’est souvent plus simple de s’apposer soi-même une seule étiquette par peur d’être le mouton noir qui ne connaît que des bribes disparates de ses racines.

C’est d’ailleurs au détour de voyages que la question a tendance à se complexifier. Passeport en mains, on quitte nos repères pour devenir l’ambassadeur de notre nation outre-mer. «Je suis né à Québec, d’un père polonais et d’une mère libano-syrienne.» Mais pour faire simple: «Je suis Canadien».

Le Québec fourmille de nationalités. Terre d’accueil depuis que Jacques Cartier y a mis les pieds, l’ouverture sur le monde est sans doute ce qui rend cette province unique et les Québécois des êtres aussi accueillants.

Au fond, il ne faut pas chercher à définir à tout prix sa propre identité. À se glisser dans un carcan rigide dans l’unique objectif de rendre les choses plus compréhensibles aux yeux des autres. Le nouveau-né de demain est un reflet supplémentaire de notre multiethnicité. Un pas de plus vers un individu venant de partout et de nulle part à la fois. Se dire «Québécois de souche» perd tout son sens aujourd’hui. Il faut prendre le temps de comprendre d’où l’on vient en acceptant les différents de son voisin. Parce qu’on porte tous avec soi un bagage différent. C’est un peu ça, l’identité 2.0.

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