Une démocratie au bout des doigts

dimanche 3 juillet 2016 12:55

Il suffit dorénavant de télécharger une simple application pour ouvrir les portes virtuelles de la démocratie, laissant place à une panoplie d’échanges sur la vie politique.  

Kenny Louie

Par Myriam Eddahia 

Depuis deux ans, l’apparition d’applications mobiles encourageant la discussion et le partage d’informations politiques, telles que DemocracyOS et Stig en France ainsi que iCitizen aux États-Unis, transforme l’expérience de la démocratie.

La dynamique n’est donc pas nouvelle, mais c’est plutôt la formule qui surprend. «Les nouvelles technologies comme les applications mobiles ne sont pas mauvaises en soi pour la démocratie, mais […] seule une minorité d’individus, souvent ceux qui sont les plus politisés et informés, les utilisent dans un contexte politique», affirme le politologue et candidat au doctorat en sciences politiques à l’Université de Montréal, Maxime Pelletier. Par l’entremise de ces logiciels sur appareils mobiles, les citoyens sont incités à prendre position sur des enjeux sociaux, économiques et politiques en votant, par exemple. La participation citoyenne devient alors le moteur de cet outil.

Les échanges qui en découlent sont toutefois dictés, la plupart du temps, en fonction des partis pris des gens. «Les « débats » qui ont lieu sont rarement des discussions [authentiques], dans le sens où on assiste rarement à un échange d’idées constructives, explique Maxime Pelletier. En pratique, les discussions sur ces plateformes tendent à être hautement polarisées et partisanes, et donc on peut présumer que ceux qui prennent part à ces discussions en viennent rarement à adopter une position plus nuancée par la suite.»

Dédale technologique 

Assurer une navigation claire et facile représente également un défi majeur. «Les difficultés dans la création d’applications du genre sont majoritairement reliées à l’expérience de l’utilisateur, indique l’un des développeurs d’applications mobiles et cofondateur de la compagnie Akia Marketing, Felix Deblois-Beaucage. Il faut une interface très simple pour guider l’utilisateur vers les endroits d’interaction, de sorte qu’il veuille naturellement participer à l’application.»

Il dit adorer l’idée, mais que la société n’en entend pas beaucoup parler. «Le premier problème [avec ce genre d’application], c’est de se faire connaître, déclare le développeur. Sans communauté, ce n’est pas intéressant pour les gens de participer.»

Il s’agit d’un moyen plutôt efficace de partager de l’information de nature politique, mais la fiabilité de celle-ci est également à remettre en question. L’information partagée et débattue n’est en effet pas toujours véridique et vérifiée. «L’application permet à [monsieur et madame tout le monde] de soumettre des idées et de donner son opinion», déclare-t-il.

Le nombre d’utilisateurs n’est d’ailleurs pas représentatif de l’ensemble de la population ciblée par l’application mobile. La crédibilité des sondages et des votes tenus au sein de celle-ci est à mettre en doute. Néanmoins, ces applications mobiles offrent un aperçu des opinions et des argumentaires partagés par les citoyens.

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