Le casse-tête mondial du glyphosate

lundi 30 mai 2016 1:09

Santiago Nicolau

Le glyphosate, pesticide phare de la firme Monsanto, pourrait disparaître du marché européen d’ici le mois de juin. Bien que de nombreuses études aient démontré les dangers de ce produit, les experts européens ne semblent pas être prêts à l’abandonner.  

Par Alex Proteau 

La semaine mondiale des alternatives aux pesticides, qui s’est terminée le 30 mars dernier, a ressuscité le dossier du glyphosate. L’ingrédient miracle des pesticides, qui pourrait disparaître du marché européen en juin, divise l’Organisation mondiale de la Santé et l’Union européenne, en créant une bagarre juridique qui aura des impacts sur notre nourriture de demain.

Le glyphosate est un ingrédient utilisé pour la préparation du sol en vue de l’ensemencement. Le pesticide qu’on retrouve notamment dans le produit phare de Monsanto, le Roundup, permet de tuer les bactéries sur la plante et de la rendre «immortelle». Or, depuis 2015, à la suite d’un rapport publié par le Centre de recherche international sur le cancer, le glyphosate serait potentiellement cancérogène. Six mois plus tard, l’Autorité européenne des aliments (EFSA), organisation régie par l’Union européenne (UE), a jugé le contraire sans y citer une étude quelconque.

En mars dernier, un article paru dans la revue américaine Journal of Epidemiology and Community Health a révélé qu’une grande partie du rapport de l’EFSA semble provenir d’études non publiées de fabricants. «Bon nombre d’observateurs indépendants, tels que le Corporate Europe Observatory (CEO), mettent en doute sa neutralité. De même, de grands noms de l’industrie alimentaire, dont McDonald’s, Unilever, BASF et Monsanto entretiendraient des liens proches avec la gestion de le l’Autorité européenne», avance la militante de Greenpeace, Anouk Van Asperen.

Vivre avec la réalité

Alexis David-Dandurand suit de près le dossier des pesticides en Europe. Agriculteur en région montérégienne depuis quelques années, il voit mal comment cultiver ses semences sans utiliser de pesticide, tout en offrant un produit abordable. «À l’heure actuelle, le coût du maïs est en vrac et la compétition est internationale. Si on veut se différencier, un tel produit peut nous faire gagner beaucoup de temps.»

Les ventes du Roundup rapportent beaucoup à l’entreprise américaine. En fait, Monsanto ferait 40% de son chiffre d’affaires qui était, selon les derniers chiffres de 2012, estimé à 13,5 milliards de dollars grâce à ce produit. «Actuellement, il n’y a pas d’autre méthode simple, peu coûteuse, facile d’usage, sans désherbage mécanique, explique le titulaire de la chaire stratégique sur la transition vers la durabilité des grandes cultures, Marc Lucotte. Donc, en se sauvant des coûts de carburant et en n’utilisant pas de tracteur pour cela, ça permet de contrôler les mauvaises herbes sans trop dépenser.»

Dans moins de 90 jours, le vote de la Commission européenne devra être rendu. Même s’il y aura un verdict, la bataille contre le glyphosate laissera ses marques sur l’agriculture mondiale. Malgré l’installation de bandes riveraines pour empêcher la contamination de l’eau, l’utilisation massive de pesticide cause quelques mots de tête à la sphère agronome. «On doit revoir la manière de cultiver nos semences. On veut avoir un environnement sain, mais il ne faut pas tout sacrifier pour autant», conclut la professeure associée à l’Université du Québec à Montréal, Monique Boily.

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