La Chine tisse sa toile vers l’ouest

mardi 15 novembre 2016 9:35

Un projet ambitieux a été lancé par la Chine : la reconstruction de la route de la soie, reliant l’Asie, l’Europe et le nord de l’Afrique.

Par Fabrice Valcourt 

Afin de donner un nouveau souffle à son économie, le gouvernement chinois a choisi de reconstruire plusieurs branchements à la fois maritimes et terrestres de ce chemin mythique. Autrefois empruntée par les marchands, la route de la soie servait principalement à l’exportation du précieux tissu de l’Orient vers l’Occident. Très utilisée jusqu’au XVe siècle, elle a perdu de son importance avec l’évolution des moyens de transport.

Le contexte économique des dernières années a changé, selon Ben Simpfendorfer, fondateur de Silk Road Associate — une agence stratégique hongkongaise qui aide les entreprises à dé- velopper leurs marchers en Asie et au Moyen-Orient. Après le 11 septembre 2001, le gouvernement américain a réduit ses échanges commerciaux avec le Moyen-Orient, laissant l’opportunité à la Chine d’y développer son commerce extérieur. Les activités commerciales de cette voie ont grandement varié. Dans les années 90, environ 19% du commerce mondial utilisait cette route. Ce chiffre a grimpé à 37% en 2010.

La reconstruction de la route permettrait de réduire le coût de l’importation du pétrole, qui repré- sente une grande part des dépenses de la Chine. « Il est plus rentable pour le pays d’investir dans des infrastructures et bâtiments permettant le transport d’énergie fossile direct vers l’ouest de la Chine [par la route de la soie], que d’investir directement dans l’économie », explique l’expert en géographie politique et géographie des transports, Claude Comtois.

Le lien routier entre le Moyen-Orient et la Chine permet à cette dernière d’importer aisément du pétrole de cette région. Le géant asiatique multiplie ainsi le nombre de pays lui acheminant cet or noir indispensable. Si la Chine entrait en conflit avec la Russie, son principal fournisseur d’énergie fossile, son ravitaillement en pétrole serait compromis. La route aide donc à diminuer la dépendance du pays pour ce qui est de sa demande en énergie pé- trolière, affirme Claude Comtois.

La construction de cette nouvelle route de la soie est encouragée par l’enjeu pétrolier, mais d’autres facteurs économiques motivent aussi la réalisation du projet. La nouvelle route de la soie servirait aussi à faciliter le commerce entre les différents pays signataires du projet, tels le Pakistan, l’Afghanistan et le Kazakhstan. Il sera notamment possible pour les signataires de faire du commerce directement par voies terrestre et maritime. Cet avantage est un atout majeur pour les pays en développement de la région, explique le professeur de géopolitique à l’UQAM, Éric Mottet.

Politique d’une Asie connectée

La Chine gagnerait beaucoup politiquement si le projet venait à être complété. Cela permettrait entre autres au pays de s’affirmer comme une puissance mondiale.

Les avantages de la concrétisation du projet routier vont bien plus loin que le simple prestige. La Chine gardera un plein contrôle économique sur la route. Des entreprises de construction chinoises seront créées pour la mise en place des routes dans les pays traversés par celle-ci. Celles-ci deviendraient, par la suite, actionnaires du ré- seau. Bref, la Chine resterait le seul investisseur dans le projet, et s’assurerait également un contrôle sur les infrastructures, explique à nouveau Éric Mottet.

L’ambitieux projet apporterait, certes, un changement de la situation politique de la Chine, mais difficile de savoir si ça sera pour le mieux. « Il se peut tout d’abord que l’augmentation du nombre de contacts entre les différents pays accentue les tensions entre ceux-ci. D’un autre côté, l’amélioration du commerce pourrait permettre de pacifier les zones plus à risques de conflits. Pour l’instant, les deux options semblent aussi plausibles l’une que l’autre », met-il de l’avant.

La finalisation d’une route de la soie pourrait créer des conflits en dehors des frontières de l’Asie, et alimenter des tensions entre le gouvernement de Xi Jinping et le gouvernement américain. Les États-Unis pourraient voir d’un œil positif l’essor économique et commercial de la région tout comme ils pourraient s’inquiéter de l’expansion de la puissance géopolitique de la Chine, toujours selon le professeur de géopolitique.

D’autres impacts négatifs sont envisageables. Les coûts énormes du projet et les négociations potentiellement difficiles pour l’adoption du tracé avec les pays limitrophes pourraient freiner la Chine dans son ambitieux projet.

Ambitieuse et complexe, la reconstitution du mythique chemin d’Orient n’est encore qu’au stade embryonnaire, mais déjà des conséquences sont à prévoir : né- gociations difficiles avec les pays limitrophes de la Chine, réactions négatives de la Russie qui perdra peut-être un client important pour son pétrole et bouleversement des échanges mondiaux. La route de la soie est donc un projet à suivre qui ne prendra pas forme en douceur.

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