Conserver l’histoire et aller de l’avant

mardi 15 novembre 2016 11:11

Reconnu pour son patrimoine architectural, Le Caire est le théâtre d’une confrontation entre tradition et modernité.

Ludovic Théberge

Véritable carrefour historique depuis près de 5000 ans, Le Caire préserve son histoire en misant sur la sauvegarde de plusieurs de ses plus impressionnantes constructions. À une époque où l’utilitaire a bien souvent le dessus sur le patrimoine, Le Caire s’efforce de défendre ses reliques d’hier tout en allant de l’avant. Portrait de l’architecture d’une ville entre tradition et modernité.

Le Caire a été marqué par plusieurs courants architecturaux au cours de son histoire. En effet, on y retrouve toujours plusieurs églises chrétiennes, mosquées et monuments pharaoniques, qui, au fil du temps, ont été restaurés vu leur grande importance aux yeux des locaux.

Ce souci de préservation de la part des Cairotes est pris en considération lorsque vient le temps de prendre une décision quant au futur d’une construction. «Un édifice peut être préservé pour sa beauté, mais aussi, quelque soit ses qualités plastiques, pour son intérêt structurel ou technique, ou enfin, au-delà de l’architecture elle-même, pour sa fonction ou sa place dans une histoire plus vaste», explique le rédacteur en chef du magazine Le Courrier de l’Architecte, Jean-Philippe Hugron. Il est intéressant de noter que la plupart des lieux restaurés sont d’abord et avant tout des lieux à fort caractère historique.

Plusieurs Cairotes ont même développé un grand sentiment d’appartenance envers certains lieux historiques. «Un sentiment d’appartenance est le développement d’un sentiment à l’égard d’un lieu, une identification à celui-ci.», explique le géographe et chargé de cours à l’UQAM, Mario Bédard. Lors des événements du printemps arabe en 2011, plusieurs Égyptiens ont protégé le musée d’architecture du Caire en formant un énorme cercle humain pour empêcher les pilleurs d’y entrer.

L’Égypte se lance sans hésitation dans des projets de restauration pour raviver ses constructions multicentenaires, figures du patrimoine architectural égyptien. Les monuments construits aux XIXe et XXe siècles ne subissent toutefois pas le même sort. Les constructions du centre-ville sont délabrées et tardent à retrouver leur état des jours glorieux. Selon Sahar Attia, professeure d’architecture à l’Université du Caire, «la gestion en ce qui concerne le nouveau et le vieux n’a pas été efficace.» Elle rappelle aussi que certaines règles ont été mises en place par la National Organization for Urban Harmony, mais que les résultats sont toujours absents.

Neuf délabré, vieux renippé

Ce manque d’engouement envers la préservation des édifices historiques du centre-ville est explicable par le coût qu’une telle tâche implique. La plupart de ces bâtiments appartiennent à des particuliers ou des compagnies privées. Ces groupes ne bénéficient d’aucune aide financière pour préserver l’apparence historique de leur propriété. Il faut ajouter que l’exercice de restauration ou même de restitution est loin d’être facile. «Les techniques à partir desquelles les bâtiments avaient été construits ont pu disparaître au fil des ans, explique l’architecte Jean-Philippe Hugron, le recours au service d’un spécialiste devient donc une formalité.»

«Lors des événements du printemps arabe en 2011, plusieurs Égyptiens ont protégé le musée d’architecture du Caire en formant un énorme cercle humain pour empêcher les pilleurs d’y entrer.»

 

Les lieux considérés comme historiques par la ville ont la chance de compter sur un support financier plus accru provenant de diverses organisations, par exemple, l’ARCE (American Research Center in Égypte), institut financé par l’agence de développement internationale américaine. L’ARCE a grandement contribué à la restauration de la légendaire porte Bab Zuweila, une des trois entrées restantes des murs entourant l’ancienne cité du Caire.

Construire l’avenir

Si la préservation du centre-ville original du Caire est négligée, c’est tout le contraire des nouvelles installations construites par la capitale égyptienne afin de suivre la cadence économique mondiale. En effet, la ville a créé, au début du siècle, un « village intelligent » à une cinquantaine de kilomètres de son centre-ville.

Cette agglomération, dont la première phase a couté près de 62 milliards de dollars, est en voie de devenir la nouvelle capitale administrative du pays. Déjà des compagnies telles que Microsoft, Motorola, Télécom Égypte, et une partie de la Bourse du Caire s’y sont installées. Dans le cas de la Bourse, celle-ci a déménagé ses bureaux administratifs dans le but de protéger l’apparence originale du bâtiment situé au centre-ville. La possibilité de transformer l’édifice en musée sur l’histoire boursière égyptienne a été avancée. L’avenir de plusieurs milliers d’autres bâtiments est toutefois bien moins pré- cis que celui de la Bourse.

Les Cairotes attachent une grande importance à la conservation de leur patrimoine, et ne peuvent se mettre la tête dans le sable quant à l’inaction du gouvernement devant la décrépitude du centre-ville, alors que le «village intelligent» vole la vedette.

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