Prendre le temps de prendre son temps

mardi 15 novembre 2016 11:21

Luca Max

J’ai eu la chance de m’envoler pour le Cambodge cette année. C’est loin, très loin de tout ce que je connaissais. Et ça choque. Pas juste un peu.

Depuis ma plus tendre enfance, je me rappelle toujours avoir eu une certaine routine. Un genre de métro, boulot, dodo ponctué de quelques irrégularités et surprises anodines, bien entendu.

En Asie, je me suis sentie comme un robot. La ponctualité, pour eux, est variable. Ça les choque, ces locaux dégourdis, quand un touriste plaignard fait des simagrées pour un retard de 15 minutes, alors qu’au fond, ils n’ont aucune raison de se presser. Un autobus pas tout à fait à l’heure? Pas de problème. Prendre du retard sur une visite guidée pour répondre à nos interrogations, qu’est-ce qu’il y a de mal à ça? Et ça m’a fait réaliser que, prendre son temps, ça vaut la peine. Et c’est nécessaire.

J’arrivais à être sur les nerfs et à prévoir mille et une choses, même en vacances. Je réussissais à m’angoisser avec un nombre de jours par-ci, un nombre de jours par-là, est-ce qu’on va avoir le temps de voir ci et ça, est-ce que ceci est un incontournable? Où est-ce que j’en serai dans un mois, dans six semaines? Je pensais même à mon escale, à la fin du voyage. Puis, je me suis sentie ridicule. À la maison, on se dépêche le matin et on s’endort le soir avec une idée implicite de l’exactitude de ce qui se passera durant notre journée. On prévoit tellement les choses qu’on finit par ne plus les voir, par ne plus comprendre nos motivations à les accomplir, ni à saisir clairement la pertinence du but qu’on atteindra éventuellement.

J’avais maintenant le temps de prendre mon temps. De laisser le temps me guider et non le contraire. Pour la première fois, j’ai compris qu’on se faisait engloutir par le temps et non qu’on le dévorait à pleines dents.

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