La nouvelle vie du wendat

mercredi 16 novembre 2016 2:11

Après avoir été longtemps brimés dans leurs droits, les Hurons-Wendat, membres d’une nation autochtone vivant près de la ville de Québec, tentent désormais de reprendre ce qu’ils ont perdu, en commençant par leur langue, presque éteinte.

Par Camille Payant

La communauté autochtone huronne-wendat souhaite redonner un nouveau souffle à sa langue. Disparue des bancs d’école depuis près d’un siècle, la langue wendat refait surface par le biais de classes offertes aux habitants de la réserve.

Le programme de revitalisation de la langue wendat, parlée par la nation depuis des siècles, offre des ateliers d’alphabé- tisation à tous les habitants de Wendake, village voisin de la capitale provinciale. Pour la majorité des étudiants, c’est le premier contact qu’ils ont avec leur langue ancestrale.

Depuis 2010, de plus en plus de cours sont offerts, ce qui permet aux adultes, aux élèves de l’école primaire, aux membres du conseil de la nation, et même aux enfants en garderie d’apprendre les rudiments de la langue. Jusqu’à présent, environ 500 personnes ont bénéficié de ces cours offerts gratuitement.

Le retour du pendule

Le wendat a disparu progressivement en raison des migrations, des nombreuses épidémies et des guerres, mais principalement à cause des pensionnats autochtones, où on interdisait aux enfants de parler leur langue maternelle, rappelle l’anthropologue et enseignant au Département de sciences des religions de l’UQAM, Laurent Jérôme.

Après la fermeture de ces établissements dans les années 1970, la communauté a tenu à retrouver ce qu’elle avait perdu durant cette période. «Il y a une effervescence, une réappropriation de la part des Premières Nations, de l’écriture de leur propre histoire. On leur a confisqué à travers le temps la possibilité de s’exprimer, et là, c’est un juste retour des choses, on s’affirme dans la société actuelle», souligne Laurent Jérôme.

Pour les habitants de Wendake, il était également plus facile de faire revivre leur langue, puisque de nombreux outils étaient déjà à leur portée. «Beaucoup de [manuels grammaticaux] et de dictionnaires ont été écrits par le clergé, principalement par les Jésuites. Comme on a énormé- ment d’écrits, il est plus facile de retravailler la langue», mentionne l’agent culturel du Conseil de la nation huronne-wendate, Marcel Godbout.

Moins de 10 ans après le début du programme, les experts évaluent que les impacts positifs sur la communauté sont de plus en plus perceptibles. Le sentiment identitaire se fait davantage sentir ces dernières années, selon Marcel Godbout. Laurent Jérôme abonde dans le même sens : «on a tous besoin de savoir d’où on vient, qui l’on est. On a besoin de connaître notre histoire à la fois personnelle et collective.»

Pour Marcel Godbout, il reste encore beaucoup à faire au Conseil de la nation huronne-wendat. Des dictionnaires, des lexiques, et des exercices doivent encore être produits. Des plans afin d’informatiser les exercices et ainsi les rendre accessibles sur le web sont pré- sentement sur la table, ce qui permettrait aux gens habitant à l’extérieur du village de pouvoir apprendre le wendat. En fait, ce que M. Godbout souhaite plus que tout pour le futur, c’est une utilisation quotidienne de cette langue par les membres de sa communauté.

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