Le slang : une façon de définir

mercredi 16 novembre 2016 2:52

Le slang a été adopté au fil des ans non seulement par les jeunes, mais aussi par une population montréalaise plus diversifiée. Ce dialecte informel ou de patois urbain colore. 

Par Audrey Bonaque

Aujourd’hui, des personnes d’âges et de statuts socioéconomiques variés utilisent le slang. Les jeunes l’apprennent et le développent dès le secondaire. C’est notamment le cas des rappeurs PH Vendou et Quantom, du groupe de rap montréalais L’Amalgame. Quantom affirme que les jeunes de Montréal évoluent dans un monde cosmopolite, la métropole regroupant une multitude de cultures.

La plupart des jeunes, à l’instar des deux rappeurs, sont bilingues et ont grandi avec l’influence des différentes populations présentes à Montréal. Parmi celles-ci, les diasporas arabes et haïtiennes ont une certaine influence sur le dialecte montréalais. Les expressions qui découlent de ces cultures permettent la formation d’une identité propre à chacun de ces groupes. Le fossé est grand entre les générations lorsque l’une discourt en slang et l’autre discute dans un langage plus formel. Cette différence dans la forme d’expression peut également exister entre des jeunes du même âge, influencé par des milieux variés. Parmi les expressions présentes dans le slang montréalais, «chill en bas» (popularisée par l’Amalgame), «c’est wack» («c’est dommage») et «bahaye» («chose», qui provient du créole haïtien), sont populaires.

Chacun a sa propre définition du slang. Il y a par exemple un écart entre la définition de Philip Comeau et celle de L’Amalgame. Le linguiste considère que ce dialecte fait partie des formes non standards de la langue française. C’est un terme utilisé par les non-linguistiques c’est-à-dire un langage employé par les jeunes, les adultes. Quantom pense qu’il y a certains concepts qui s’expriment mieux en anglais et qui ne sont pas nécessairement compréhensibles pour tous. « C’est un patois qui peut être compris seulement par un groupe qui est né dans ce patois-là, qui se le transmet. Le slang est réinventé chaque jour. C’est un outil qu’on a dans notre sac à dos », avance quant à lui, PH Vendou.

Un joual anglicisé et contesté

La migration des premiers colons français a permis à la langue française de se disperser et de se transformer dans les différentes régions du Québec. Après la Conquête britannique, la venue d’entrepreneurs anglo-saxons a poussé les ouvriers à développer un langage qui permettait la communication entre les deux groupes. Il s’agit d’une situation tout à fait normale : «Les phénomènes de contact linguistique découlent d’une situation où il y a tout simplement plus d’une langue parlée sur un territoire, ce qui est le cas à Montréal», selon le professeur de sociolinguistique à l’UQAM Philip Comeau. Il souligne que ce langage particulier est attribuable à la classe sociale au statut socioéconomique plus pauvre que forment les ouvriers.

L’ajout d’expressions anglaises dans la langue française a soulevé quelques polémiques, au fil des ans. Christian Rioux et Jean-François Ruel des Dead Obies s’étaient par exemple querellés sur le sujet, il y a quelques années. Il s’agit par contre d’un faux débat pour certains artistes du milieu. « C’est juste la langue avec laquelle on parle dans la vie. Ça serait plus encore plus faux d’enlever l’anglais volontairement de nos textes parce que ça ne serait pas fidèle à la réalité », raisonne Quantom.

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