Quand la femme est devenue sage

mercredi 16 novembre 2016 4:16

Au Québec, 209 femmes pratiquent actuellement le métier de sage-femme. Or, cette profession n’a pas toujours été reconnue en Amérique.

Par Camille Robillard 

Madame Brabant est l’une des premières femmes à s’être battue corps et âme pour créer un environnement rassurant et propice à la naissance. En la voyant pour la première fois, il est impossible de douter du temps qu’elle a accordé au bien- être de plusieurs couples québécois et de celui investi dans sa lutte pour la légalisation de son ancienne profession, sage-femme. Retraitée depuis un an, cette dame inspire le calme, le respect et la confiance, trois qualités essentielles pour exercer le métier de sage-femme.

Lorsqu’elle est sortie de l’hôpital, suite à la naissance de son premier enfant, elle était «sidérée devant le manque de manière qu’avait eu le médecin», scande-t-elle. C’est à partir de cet instant qu’elle a décidé de prendre son courage à deux mains et de porter secours aux femmes qui étaient dans le besoin.

À la fin des années 70, armées de leur détermination et de leur courage, Madame Brabant et plusieurs autres Canadiennes partageant les mêmes ambitions ont entrepris une bataille épuisante, afin de faire reconnaître la nécessité de leur profession.

«Je ne savais pas dans quoi je m’embarquais. Heureusement que je ne savais pas que cela prendrait autant de temps et d’efforts. Sinon, je ne me serais jamais engagée», confie-t-elle.

En effet, elle a dû attendre 1990 pour pouvoir pratiquer son métier dans le cadre de projets pilotes que le gouvernement avait mis sur pied. «C’était rigolo, car la profession de sage-femme existe depuis plus longtemps que celle de médecin», ajoute la grand-mère de 11 petits-enfants.

C’est seulement en 1999 que l’adoption de la Loi sur les sages-femmes a été votée. À partir de ce moment, Mme Brabant et ses consœurs ont été reconnues comme des professionnelles autonomes. Cependant, ces dernières n’ont pas accepté si rapidement leur nouveau titre.

«Nous n’avions pas l’impression d’avoir les connaissances requises pour être nommées de la sorte», m’apprend la retraitée. Depuis la légalisation, une formation universitaire, très exigeante et centrée sur des stages accompagnés, a été instaurée à Trois-Rivières.

Une bataille incessante

Malgré tous les efforts investis, Isabelle Brabant prétend qu’il reste du travail à faire. «Les jeunes sages-femmes ont des exigences différentes des miennes lorsque j’étais plus jeune. Elles veulent du temps pour s’occuper de leur propre famille et cela a un impact direct sur leur engagement», soutient Madame Brabant. Lors de ses années de pratique, Isabelle était de garde sept jours sur sept alors que les sages-femmes travaillent maintenant en moyenne quatre jours par semaine. «On doit rapidement trouver le moyen de répondre à leurs demandes pour faire survivre la profession. Je ne veux pas que les besoins des sages-femmes prennent le dessus sur ceux des futures mamans», s’inquiète l’ex-sage-femme.

Heureusement, ces femmes bienveillantes semblent travailler d’arrache-pied pour ne pas perdre l’essence même du métier. «C’est un cadeau du ciel d’avoir pu rebâtir un métier à partir de la base, soit le couple. Même l’Europe s’inspire de notre pratique afin d’instaurer à nouveau certaines valeurs disparues au fil des années», conclut Isabelle Brabant avec satisfaction.

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