Plus la mode change, plus c’est pareil

mercredi 16 novembre 2016 4:45

La mode suit un cycle d’éternels retours accompagnés d’une touche de nouveauté.

Naomie Gelper

Ce qui est tendance devient ringard et ce qui est ringard revient à la mode après quelques années d’absence. Chaussures à semelles compensées, salopettes, jeans tailles hautes et colliers «chokers» sont monnaie courante en 2016, alors que les Spice Girls, les épisodes de Friends et les tendances des années 90 sont loin derrière.

Les entreprises de mode, qui cherchent constamment à vendre, doivent opter pour l’originalité et l’innovation. De nos jours, il y a tellement de choix que cette différenciation ne peut souvent se traduire que par le retour d’anciennes tendances, ce qui crée des «cycles de mode». Il peut paraître dérisoire de ramener ce qui a déjà été fait pour amener de la nouveauté, mais c’est pourtant le cas dans plusieurs formes d’art, dont la musique.

«On dirait que c’est inhérent à la nature humaine», explique l’enseignante à l’école du mode au cégep Marie-Victorin, Marie-Josée Rock. Selon elle, la mode est l’environnement idéal pour qu’un tel cycle se développe.

Bien que les tendances réincarnées soient fortement inspirées de modes qui ont déjà existé, elles ne reviennent jamais de la même façon. «En 10 ans, 15 ans, elles ont eu le temps de se faire oublier», ajoute Marie-Josée Rock. Comme les principaux consommateurs sont les jeunes, le retour représente souvent une première pour la nouvelle génération. Aussitôt qu’une tendance se fait oublier, elle peut réapparaître en tant que nouveauté.

Suivre le rythme

Actuellement, les cycles sont de plus en plus fréquents, puisque leur longévité diminue. Ceci s’explique par la production, qui est encore plus rapide qu’avant. Ainsi, nous sommes passés de quatre saisons de vêtements à plusieurs collections ou nouveaux arrivages à toutes les trois semaines en magasins, comme l’explique la directrice de l’École Supérieure de mode à l’UQAM, Marie-Ève Faust. Petit à petit, il y a eu l’arrivée de la collection «croisière» pour les personnes partant en vacances l’hiver, la collection «retour en classes» en septembre, la collection du temps des fêtes, etc., tout cela dans le but d’augmenter les ventes.

Les cycles dépendent des leaders, ces gens qui lancent les tendances et qui se font suivre par plusieurs. Certains experts ont pour travail de prédire les prochaines tendances, en allant à la rencontre de ces leaders à travers le monde et en s’informant des événements sociaux culturels branchés. L’influence peut également provenir des nouveaux films et des artistes à la mode.

Ces cycles sont différents tout autour de la planète. Nonobstant la mondialisation qui supprime les frontières sociales et économiques, chaque citadin est influencé par sa morphologie, son idéal féminin et masculin, la température, les couleurs prépondérantes et la culture de son pays. «Il y a des vêtements que l’on ne peut pas porter à une place, mais qu’on peut porter à une autre, même si c’est la même saison», précise-t-elle.

Une question de matériel

«Je pense qu’on ne peut pas se réinventer de manière continue», affirme Marie-Ève Faust. C’est surtout le cas pour la structure du vêtement, qui ne change pas, puisque nous avons et aurons toujours deux bras et deux jambes. Les créateurs essaient donc plutôt de changer les techniques de fabrication et les sortes de matériaux et de tissus pour innover.

La designer québécoise Valérie Dumaine est aussi d’avis que le renouvellement passe par les matériaux. Selon elle, il est difficile de faire quelque chose de nouveau dans la structure du vêtement. C’est pourquoi elle travaille plutôt en fonction des tissus. La designer rencontre d’abord les fournisseurs et élabore ensuite des idées selon chaque matériau.

La créatrice a fait le choix de ne pas tenir compte des tendances ou des cycles pour créer. «Ça ne m’intéresse pas de faire la même chose que tout ce qui est dicté sur les sites de tendances. J’essaie de créer selon ma personnalité, mon goût du moment, ce que j’ai envie de porter.» Elle dit s’inspirer beaucoup des décennies passées, mais en subtilité, car l’image projetée de sa ligne est assez moderne et épurée. Pour la designer, il est certain que les cycles et les modes reviennent constamment. «Ce n’est pas une mauvaise chose, il s’agit de les transformer, de les adapter, les personnaliser», estime-t-elle.

Les cycles de la mode sont ironiquement le résultat d’une volonté constante d’innover et une trop petite liberté dans la création. Alors peut-être ne suffit-il que d’ouvrir de vieux albums photo pour trouver le prochain style au goût du jour.

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