Sans repères

mercredi 16 novembre 2016 9:23

La retraite sportive est souvent synonyme de difficultés pour les athlètes professionnels. Pour composer avec les fardeaux physiques et mentaux de l’après-carrière, ils consultent des psychologues et des thérapeutes, mais l’aide n’est pas toujours accessible.

François Carabin 

À la fin d’une carrière sportive, un athlète est inévitablement confronté aux difficultés de la retraite. Souvent peu préparé, il doit affronter l’idée d’une nouvelle carrière et d’un nouveau mode de vie.

Guylaine Dumont n’hésite pas à le dire : elle n’avait pas vraiment de plan lorsqu’elle a pris sa retraite du volleyball compétitif, en 2005. Malgré une formation en relation d’aide acquise au Centre de relation d’aide de Montréal (CRAM), l’ex-athlète de 49 ans a entrepris sa deuxième vie sans vraiment savoir dans quoi elle s’embarquait.

Dumont a décidé de quitter le sport quelques mois après avoir obtenu une cinquième place très médiatisée aux Jeux olympiques d’Athènes, en compagnie de sa coéquipière Annie Martin. En volleyball de plage, aucun duo canadien n’avait jamais fait mieux.

Aujourd’hui consultante dans le milieu sportif, l’ex-Olympienne se rappelle que se réorienter à l’extérieur de la sphère sportive n’a pas été une tâche facile: «J’étais tellement habituée à être identifiée à un titre d’athlète que, quand je suis retombée dans une vie ordinaire, ça a été difficile de trouver mon identité.»

Le spécialiste en psychologie sportive Jonathan Lelièvre abonde dans le même sens quand il décrit les difficultés éprouvées par les nouveaux retraités du sport. «L’athlète de haut niveau a toujours été un athlète. C’est ce qu’il fait de mieux, ça le définit. C’est parfois difficile pour les professionnels du sport de faire la transition vers autre chose parce qu’en quittant leur sport, c’est comme s’ils avaient le sentiment de perdre leur valeur», explique-t-il.

L’après-carrière d’un sportif de haut niveau peut ressembler à un changement de carrière majeur, selon Guylaine Dumont, au même titre qu’un «ingénieur qui deviendrait peintre». Cela peut mener à des difficultés psychologiques «Selon ce que j’ai vu et entendu, certains athlètes broient du noir, mais ils n’osent pas en parler, parce les gens les mettent sur un piédestal. Par orgueil, ils ne veulent pas briser leur image», explique Guylaine Dumont.

Toujours selon l’ancienne volleyeuse, les attentes élevées face aux athlètes ajoutent à leur fardeau d’après-carrière, car les médias et le public exigent souvent qu’ils excellent dans tous les milieux. Elle explique que le public développe un sentiment de confiance envers l’athlète, habitué au succès, et s’attend souvent à ce que celui-ci continue d’exceller au même niveau dans son métier d’après-carrière, ce qui n’est pas toujours le cas. «Lorsque j’ai commencé à faire des conférences suite aux Olympiques, les gens s’attendaient à ce que je sois une conférencière alors que je ne l’étais pas!», démontre-t-elle.

Une retraite physiquement exigeante

Tout ceci est sans compter les accrocs physiques auxquels les athlètes font face, tels que la fatigue, les blessures et les arrêts de travail inattendus. Tous ces facteurs influencent la retraite, selon Patrick Handfield, physiothérapeute et propriétaire d’Action Sport Physio, une clinique possédant des bureaux un peu partout au Québec. Pendant les 25 années qu’il a passées au Cirque du Soleil en compagnie de gymnastes d’élite ainsi qu’à de multiples compétitions sportives internationales, il a connu bon nombre de sportifs qui ont été forcés d’arrêter parce que «la demande physique était trop grande».

D’après Handfield, il n’est aussi pas rare qu’un athlète qui s’entraînait de 30 à 40 heures par semaine soit forcé de réduire rapidement ce rythme à dix heures par semaine, ou moins, après avoir subi une blessure grave. «Si une personne est mise à la porte et qu’elle n’a pas préparé son après-carrière, elle peut tomber en dépression. Certains vont se mettre à manger leurs émotions, par exemple», explique le physiothérapeute.

Une nouvelle piste de solution

Pour Guylaine Dumont, des mesures devraient être prises pour aider les ex-sportifs. «Idéalement, je me dis qu’une personne ressource devrait s’occuper d’appeler l’athlète quelques mois après sa retraite pour voir où il en est, comment il va.»

C’est pour remédier à ces problèmes que le Comité olympique canadien a lancé, en septembre 2015, le programme «Plan de Match». Élaboré par le Réseau des instituts de sport olympique et paralympique du Canada (Réseau ISOP), ce programme vise à appuyer les athlètes durant et après leur carrière sportive, autant dans leur éducation que dans la gestion de leur carrière et de leur santé.

Selon Jonathan Lelièvre, l’avenir semble plus rose pour les jeunes retraités du monde athlétique. «De plus en plus, on reconnaît l’importance de cet encadrement. C’est mieux connu, plus utilisé», affirme le spécialiste. Il estime que c’est en démystifiant la psychologie du sport qu’on réussira à amener les sportifs de haut niveau à «réaliser qu’il y a une vie après la vie d’athlète».

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