Ces drôles d’oiseaux qui se la coulent douce

mercredi 7 mars 2012 11:47

Par Amélie Cléroux. Illustration : Odessa Bergeron.

Sur la plage d’Hollywood-Beach, une mer de Québécois aux tempes grisonnantes se fait bronzer, savourant la chaleur du soleil. Maudissant la neige et le froid qu’ils ont quittés, ces oiseaux migrateurs ont longtemps niché entre Miami et Fort Lauderdale. Chaque année, une nouvelle envolée se dirige vers d’autres territoires.

Odette Leroux incarne le portrait typique du snowbird. Âgée de 72 ans, elle séjourne trois mois par année dans le sud de la Floride l’hiver venu, et ce depuis 15 ans. Quand elle arrive sous les palmiers après trois jours de route, elle n’est pas trop dépaysée. «90% des gens de mon quartier sont Québécois», se réjouit l’enseignante à la retraite qui profitera de la chaleur jusqu’en mars.

Dans la Belle Province, le tourisme hivernal a pris racine dans les années 60 et 70 quand des dizaines de Québécois se sont envolés vers la Floride, tissant là-bas une véritable communauté culturelle et économique. Ils ont du coup attiré des vacanciers qui désiraient se retrouver en terrain connu. «Les gens y allaient pour amener le Québec avec eux, pas pour découvrir une autre culture. C’était pour vivre où il fait chaud et près de la plage, en évitant l’hiver, mais aussi en demeurant entre Québécois», explique Rémy Tremblay, auteur du livre Floribec. Espace et communauté traitant de la présence québécoise dans l’État du soleil. En 2012, le charme opère toujours, si bien que les «Floribéquois» seraient tout aussi nombreux qu’à l’époque. «La différence majeure est que nous n’en parlons plus dans les médias, surtout américains. Autrefois, Miami et ses environs aimaient ces touristes, et aujourd’hui elles les cachent parce qu’elles visent une clientèle riche, friande de haut de gamme.»

De nouvelles trajectoires

Autre signe que les temps changent, ceux qui troquent le manteau pour le maillot de bain n’ont plus que la Floride dans leur mire. Avec l’ouverture sur différents pays ensoleillés comme la République dominicaine, où le marché immobilier est en expansion, les horizons s’élargissent. Par contre, l’objectif demeure le même: se faire dorer paisiblement, tout en pouvant compter sur un voisinage québécois.

Ce phénomène s’explique entre autres par l’insécurité linguistique. Entendre parler français ou anglais rassure les voyageurs, souligne Rémy Tremblay. «Avant on disait que la Floride était le meilleur deal, mais aujourd’hui ce n’est plus aussi flagrant, fait remarquer celui qui est également professeur de géographie à la TÉLUQ. Les pays d’Amérique centrale ou du Sud offrent un environnement plus tropical avec de magnifiques paysages pour des prix avantageux. Avec les vols directs de plus en plus fréquents, c’est devenu facile et abordable.»

Certains pays tels que le Venezuela ou la Colombie font quant à eux bande à part. Les gens qui y vont ont le même désir de fuir l’hiver, mais ils ont plus d’argent et, surtout, ils peuvent se passer de la réalité nord-américaine. «Ils ne vont pas là pour voir des compatriotes, mais pour l’exotisme, les hôtels de qualité et la culture du pays», affirme l’auteur au bout du fil.

C’est le cas de Richard Janelle qui loue un condo à Margarita depuis 17 ans. Âgé de 64 ans et retraité depuis 10 ans, il passe environ trois mois par année dans son paradis vénézuélien, mais y séjournait à l’occasion avant de prendre sa retraite. «J’y vais évidemment pour échapper à l’hiver et pour la température, mais aussi pour la bonne bouffe et la vie à moindre coût.» Sa conjointe et lui soupent au restaurant presque tous les soirs pour la modique somme de 15 $, vin inclus. «Le Sud nous procure liberté, sans préoccupations et sans angoisses. Tant que la santé nous le permettra, nous y retournerons», confie le vacancier qui passe la majeure partie de sa journée à se balader et se baigner dans la mer.

Si les snowbirds se ressemblent, leurs aspirations varient. Certains se soucient d’abord et avant tout du prix. D’autres, même s’ils sont mieux nantis, recherchent essentiellement la compagnie de semblables. Il y a aussi ceux qui désirent être totalement dépaysés. Le choix de la destination dépend davantage de l’éducation que de la taille du portefeuille, observe Rémy Tremblay. Mais un trait particulier unit ces oiseaux migrateurs. Ces retraités ne peuvent se soustraire à ce stéréotype qui leur colle à la peau. «Les snowbirds ont toujours été kitsch», hasarde le chercheur qui ne justifie pourtant pas les railleries. Selon lui, ces clichés se basent sur la fausse impression que ce genre de touristes n’ont pas de culture, surtout lorsqu’ils séjournent en Floride. «C’est simplement une alternative à l’hiver. C’est surtout complexe de se moquer quand on va soi-même passer une semaine dans un tout inclus pour les mêmes raisons. Peut-être est-ce une forme de jalousie au fond.»

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