Lorsque la créavité est condamnée

mardi 22 novembre 2016 11:24

Par Émile Bérubé-Lupien

Au même titre que les adeptes du slang, les rappeurs ayant recours à l’échantillonnage (ou sampling) se voient souvent reprocher une certaine paresse ou un manque d’originalité dans leur démarche.

Cette technique, qui consiste à passer en boucle ou à transformer des passages de chansons ayant déjà existé, a vu le jour au cours des années 1970. À l’époque, les disc-jockeys qui utilisaient cette méthode puisaient l’essentiel de leurs mélodies dans les vinyles de groupes funk en vogue.

Au cours des années 1990, le mythique producteur et rappeur Dr. Dre a révolutionné l’art du sampling, alors qu’il demandait à des musiciens d’improviser en studio. Il sélectionnait ensuite des extraits de leur performance afin de composer des chansons instrumentales inédites.

Au vu et au su de la créativité derrière ce procédé, peut-on réellement accuser les artistes l’utilisant de manquer d’imagination ? À une époque où tout un chacun a accès en un claquement de doigts à des milliers d’heures de musique et où il faut sans cesse innover, il s’agit d’un non-sens. Le fait de faire découvrir – ou redécouvrir – des mélodies dans un contexte différant, souvent totalement, de leurs enregistrements initiaux relève justement d’un certain pouvoir créatif ainsi que d’une grande connaissance de la musique.

Recourir à des chansons enregistrées il y a parfois des dizaines d’années constitue même un clin d’œil intéressant au passé. Kanye West, par exemple, a utilisé un extrait de la chanson Bam Bam, de Sister Nancy, qui est sortie en 1982, dans son tube Famous, lancé cette année. Le rappeur français Hugo TSR, quant à lui, utilise fréquemment des échantillons de musique classique dans ses titres.

Ainsi, loin d’être un manque d’originalité, l’échantillonnage est une façon de réactualiser des mélodies parfois oubliées. Cette technique, lorsque bien employée, peut donc constituer une œuvre musicale raccourcie sans pour autant être un raccourci à la créativité. Rien ne sert alors de sauter sur ses utilisateurs à bras raccourcis.

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