Quand les internautes posent des diagnostics

jeudi 24 novembre 2016 3:34

Les sites médicaux peuvent être utiles pour les internautes, sauf quand ceux-ci interprètent mal leur contenu.

Olivier Faucher

La différence entre le diagnostic d’un médecin et les renseignements disponibles sur Internet a tendance à être mal comprise par les utilisateurs de sites d’informations sur la santé.

À l’aide d’une simple recherche sur le web, il est possible d’accéder à une multitude de sites contenant de l’information médicale rédigée par des professionnels et/ou des amateurs. Ces sites doivent cependant être utilisés avec modération, puisqu’ils peuvent être mal interprétés et ne remplaceront jamais une consultation chez le médecin.

Pour Isabelle*, de Montréal, qui consulte ces sites de façon compulsive, aller à la recherche d’un diagnostic sur le web au lieu d’aller consulter un médecin lui fait gagner du temps. «J’ai un horaire très chargé et ça a toujours été comme cela dans ma vie. Aller voir mon médecin de famille, qui est à Sherbrooke, est très compliqué pour moi. Ces sites sont donc une manière rapide de savoir ce que j’ai», affirme-t-elle.

Isabelle n’est pas la seule. Des millions de personnes cherchant des explications à leurs symptômes visitent ces sites. Le site d’informations médicales Doctissimo qui est presque exclusivement visité par un public francophone reçoit à lui seul une trentaine de millions de visiteurs par mois. On appelle ces personnes les « hypocondriaques du web ».

Selon le docteur Pierre Tremblay, l’information qui se trouve sur les grands sites spécialisés en santé tels que Doctissimo et Passeport Santé est en majorité très fiable. Isabelle, qui admet consulter très fréquemment de l’information sur des symptômes sur Internet, confie qu’elle fait attention à la crédibilité des sites qu’elle visite. Elle considère que tous les sites qu’elle fréquente, que ce soit Wikipédia, Doctissimo, Passeport Santé ou Au féminin sont des sources fiables.

Selon le Dr Tremblay, le problème ne vient donc pas de la crédibilité des sites Internet qu’ils consultent, mais bien de l’interprétation que font ceux qui les lisent. «L’information a beau être véridique, tout doit toujours être analysé par un médecin ou une infirmière. Ces sites peuvent être pratiques pour des symptômes simples qui peuvent revenir souvent chez n’importe qui, mais ils ne devraient en aucun cas être utilisés pour des symptômes complexes qui mènent à des conclusions graves», explique-t-il.

Sur Internet, il est de plus en plus simple de faire son propre diagnostic en fonction de ses symptômes. Le module Sympto-Check du site docteurclic.com est l’un de ces sites où il est possible d’entrer manuellement ses symptômes dans un questionnaire. À la fin d’une collecte précise d’information, le module fournit à l’internaute un diagnostic.

Le Dr Tremblay tient à faire le point sur la différence entre un diagnostic professionnel et un résultat donné automatiquement après une collecte de données. «Nous-mêmes, médecins, faisons passer des questionnaires très semblables à certains patients, mais ces questionnaires ne sont que des outils qui permettent éventuellement d’établir un diagnostic», explique-t-il. «Sans l’interprétation d’un professionnel de la santé, les résultats d’un tel questionnaire ne veulent pas dire grand-chose.»

Il ne faudrait toutefois pas empêcher l’accès à ces informations seulement parce que certains ne l’utilisent pas correctement, selon le Dr Tremblay. «Je crois que la solution passe plutôt par l’éducation des citoyens. On ne devrait pas interdire l’accès à toutes ces informations très instructives simplement pour empêcher que certaines personnes prennent cela comme le remplacement d’une consultation. Il faudrait simplement que la population connaisse la véritable raison d’être de ces sites pour cesser de la confondre avec celle des médecins», conclut-il.

*Nom fictif : l’intervenante a préféré garder l’anonymat

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