Popcorn et voyeurisme

mercredi 7 mars 2012 11:49

Par Alexandra Piché

Alors que la pornographie gratuite et accessible se fait à toutes les sauces sur la toile, des clients préfèrent se glisser dans la pénombre des cinémas érotiques de Montréal.

«Moi, la première fois que je suis allée, c’était pour vérifier si le récit de Nelly Arcand était vrai», raconte Josiane, une étudiante, en parlant de sa visite dans un cinéma pornographique. Unique fille dans la salle, elle était entourée d’hommes d’environ 45 à 65 ans. «Il est vrai que les apparences répondent au cliché, mais en réalité, aucun de ses hommes n’avait l’air d’obsédés ou de vieux pervers, indique-t-elle. Ils étaient plus sympathiques qu’épeurants.»

Après sa première expérience, Josiane y est retournée quelques fois. «Je n’y vais pas vraiment pour le film, mais plutôt pour l’expérience, continue la jeune femme. C’est une question de personnalité, j’aime savoir que tout peut m’arriver, savoir que je ne suis pas supposée être là, mais que j’y suis.» Selon elle, le plaisir de l’expérience est dans le tabou, l’interdit imposé par la société.

La sexologue et psychothérapeute Marlène Dion confirme que les consommateurs de pornographie au cinéma sont très différents de ceux qui la visionnent sur Internet. «Sur le web, les gens recherchent la jouissance sexuelle instantanée, ou la libération rapide d’une tension, explique-t-elle. Dans les cinémas pornos, c’est différent. Les consommateurs y vont pour satisfaire leur voyeurisme et leur exhibitionnisme, ou pour vivre une expérience sexuelle particulière.» Ce sont deux sensations complètement différentes, ce qui explique la place sur le marché des deux types de pornographies.

«Quand je suis entrée dans le cinéma la première fois, le placier m’a demandée de l’avertir si un homme venait me déranger et qu’il allait le sortir. Mais il a ajouté que ça ne risquait pas d’arriver car les clients présents en étaient des réguliers et qu’ils connaissaient les règlements», raconte Josiane. Les cinémas pornographiques ont souvent leurs habitués; beaucoup d’hommes, mais aussi des couples. «Certains ont besoin de stimulation pour raviver leur flamme, les cinémas pornos et les clubs échangistes sont de plus en plus fréquentés par eux», explique la sexologue.

Selon elle, il y a deux catégories de couples : ceux qui tentent l’expérience pornographique dans un cinéma, mais pour qui l’expérience reste un moment isolé dans leur vie sexuelle, et ceux pour qui cela devient nécessaire. «Certains couples essaient et adoptent. Quand ils ne sont pas dans une situation publique, l’excitation ne vient pas. C’est une sorte de dysfonction sexuelle», précise Marlène Dion. Leur vie sexuelle dépendrait donc de visite dans des lieux pour adultes.

Pour Josiane, la pornographie est tellement accessible sur internet de nos jours qu’elle ne suscite plus de sentiment de nouveauté. Elle est tellement présente que les tabous sont levés. «Au cinéma, c’est l’ambiance qui est spéciale, explique Josiane. En entrant et en sortant, tu vois les gens à la lumière du jour. C’est bizarre de voir le visage d’une personne qui s’est peut-être masturbée à côté de toi.»

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