Parcours kitsch

jeudi 8 mars 2012 12:39

Par Simon Dansereau

Le 22 février dernier, j’ai réalisé un parcours kitsch dans Montréal en compagnie d’Émilie et Catherine, nos rédactrices en chef. Au fur et à mesure que je découvrais mon parcours, les surprises et les rebondissements n’arrêtaient pas, ajoutant vraiment du piquant à cette journée mémorable!

Premier arrêt au restaurant Miami Deli, rue Sherbrooke est, où je rencontrais Émilie pour un brunch bien gras. En entrant dans le restaurant, le décor hideux donnait l’impression d’être aux côtés d’Elvis Gratton à Santa Banana! Tout était vraiment pensé pour faire croire au client qu’il se trouvait sous les tropiques, mais pas pour les bonnes raisons. Si souvent le sud rime avec couleurs épurées et simplicité en matière de décoration, là c’était tout le contraire. Des couleurs fluorescentes sautaient plutôt aux yeux avec en prime une décoration surchargée. Quand c’est rendu que décoration rime avec encombrement, ce n’est pas bon signe! On trouvait beaucoup de palmiers à l’intérieur comme à l’extérieur en plus des dauphins et autres poissons suspendus au plafond, un gros aquarium en entrant, des gerbes de fleurs suspendues un peu partout et des paysages de bord de mer peints sur les murs. Chose frappante sur le coup, des têtes de tigres et de lions ornaient aussi le haut des murs du restaurant à plusieurs endroits, sans oublier les crocodiles et autres bestioles du sud.

Une fois mon déjeuner «à la Québécoise» complété, direction le Village des Valeurs boulevard Pie-IX, pour me trouver des vêtements kitsch pour la journée. Après un bref tour d’horizon, plusieurs morceaux nous apparaissaient assez laids pour me permettre d’avoir un look de VRAI kitsch. J’avais l’embarras du choix parmi, entre autres, les chemises fleuries, un polar vert fluo ou encore t-shirt de chez Brault et Martineau. Après quelques essais, nous avions finalement trouvé notre coup de cœur! De la tête aux pieds, j’avais une casquette rouge de Provigo avec un canard jaune dessus, un t-shirt blanc orné d’un paysage du sud très fluo, un manteau mauve court des années 80, bien bouffant au col et aux poignets verts, puis enfin un pantalon bleu marin en velours côtelé. Avec mes cheveux aplatis lavés la veille, je me sentais étrangement de plus en plus entrer en symbiose avec cet habillement typique de s Bougon.

Une fois le tout payé et que mon look de BS était maintenant complété, je continuais mon parcours dans le Montréal kitsch avec Catherine vers un endroit inconnu. Dans l’autobus et le métro, voyant mon habillement, on sentait les regards se détourner subtilement. C’est dans ces moments-là que tu espères ne pas rencontrer quelqu’un que tu connais! Après un trajet dans la 55 sur Saint-Laurent et quelques minutes de marche, nous voici au Cinéma L’Amour, le plus vieux cinéma porno en Amérique du Nord!

Je ne croyais jamais me retrouver là! Directement en entrant, on aperçut des toilettes. Devant celles des femmes, une mise en garde était inscrite : «Femmes seulement. Interdiction aux hommes d’y entrer». On spécifiait même «qu’aucun acte sexuel ne sera toléré sur place». Sans commentaire… Un grand présentoir de films XXX était aussi mis en évidence dans l’entrée. Derrière le comptoir, un monsieur louche, l’air hagard, à la voix rauque et portant un t-shirt blanc était assis. Il était accompagné d’une asiatique, parlant à peine français, qui s’occupait de la caisse. À mon avis, elle ne lui servait pas juste de caissière, mais bons. En nous donnant nos billets, l’homme nous a demandé si nous voulions «une cabine pour les couples». Nous nous contenterons de la salle de cinéma commune, ça ira monsieur.

Une fois entrés dans cette salle noire où une odeur nauséabonde prévalait, nous nous nous sommes assis. Autour de nous, c’était quasiment vide. Les yeux rivés sur l’écran, quelques hommes à la tête grise semblaient apprécier le spectacle qui s’offrait à eux. On assista alors à des scènes de sado-masochisme assez extrêmes où les hurlements n’en finissaient plus. Alors que les petites tenues de cuir prévalaient, la fille, attachée comme un chien en laisse à un gros collier, se faisait frapper de partout. Elle criait sans arrêt. À un moment, l’homme lui a mis son pied dans la bouche le plus profondément possible… Après dix minutes de ces scènes d’une rare violence, nous en avions assez et nous avons quitté l’endroit.  Quelle expérience!

L’arrêt suivant était prévu au Wilensky’s Light Lunch, le temple du baloney, rue Fairmount. Malheureusement, l’endroit fermait à 16h. Pas de chance. Nous nous sommes donc dirigés vers la Binerie Mont-Royal, où «l’on aime vous voir la bine», pas très loin de là. Même s’il n’était pas encore 17h, l’étroit restaurant de l’avenue du Mont-Royal était déjà rempli. On sentait que la place avait de l’histoire : les murs étaient tapissés de photos autographiées par des artistes et des gens connus qui étaient déjà passés par là. De Jean Coutu à Jean Béliveau, en passant par Patricia Paquin, l’ex-boxeur Deano Clavet et Guillaume Lemay-Thivierge, on constatait le vécu de l’endroit. Au fond, une grosse affiche du film Le Matou, tiré du roman d’Yves Beauchemin dans lequel le jeune Lemay-Thivierge jouait alors qu’il était enfant, ornait le mur. J’ai appris par la suite que cette histoire-là se déroulait à la Binerie même.

Nous avons mangé de la bonne cuisine traditionnelle québécoise : une soupe aux pois en entrée pour poursuivre avec du foie de veau avec oignons rôtis, pommes de terre pilées et bien sûr, les traditionnelles bines! Pour compléter le tout, un blanc manger comme dessert. Plat particulier, mais néanmoins très bon et plus léger, il ressemblait à un tas de gélatine blanche ponctuée de grumeaux. Il fallait vraiment y goûter pour se convaincre que c’était mangeable! Après tout ça, nous étions bien remplis et fin prêts pour la dernière escale de la journée.

De retour dans l’est de la ville, nous sommes descendus à la station Assomption, direction le Bingo Hochelaga. Dès notre arrivée, une première constatation s’est imposée : l’âge moyen de la faune présente était d’au moins 65 ans. Par notre présence, Catherine et moi l’avons sûrement fait baisser de 15 ans. Surprenant pour un mercredi soir, la salle était complètement remplie. Pour la plupart, les gens étaient seuls, surtout des femmes. La scène avait quelque chose de pathétique, de triste à voir. Il est à se demander si ces gens-là ne devraient pas plutôt faire quelque chose de plus constructif pour combler leur solitude, comme faire du bénévolat par exemple, que d’aller à cet encan du rêve souvent déchu.

On a eu juste le temps de d’avoir les explications d’usage et de payer nos cartes. Le jeu venait à peine de commencer. C’est du sérieux mes amis, ici, les gens ne rigolent pas avec le Bingo. Ça «punch» les chiffres à la vitesse de l’éclair. Et pas question d’en manquer un, il y a jusqu’à 5000 dollars en jeu! Pendant ce temps, une employée, une vieille dame pour qui le bingo n’avait sûrement plus de secrets, circulait pour augmenter la tentation des gens vers ce vice que sont les jeux de hasard. «Bingo body, Bingo body» proposait-t-elle aux participants. Un cinq dollars de plus et les chances de gagner augmentaient encore. Plus le jeu avançait, plus la tension montait et plus ça sacrait. «On sait ben, la câlisse, a gagne tout le temps! Pas moyen d’avoir de la chance maudit!», murmurait-on autour de nous de façon généralisée.  D’ailleurs, leurs discussions tournaient juste autour du bingo. La profondeur des propos était donc plutôt limitée.

Et là, d’un coup, une femme cria «Bingo». Un gros «ah» lourd de déception se fit entendre. On passa à la carte suivante et ainsi de suite jusqu’à la pause. C’est à ce moment-là que deux dames assises en face de nous nous ont expliqué les rudiments de leur passe-temps favori. Elles nous ont démêlés dans les différentes sortes de cartes, dans leur ordre de passage et dans les conditions pour gagner. Pendant ce temps, on se ruait vers la cantine pour s’acheter un Coke, des croustilles, une frite ou encore un café. La vente des «Bingo body» continuait aussi. Malgré les apparences, j’ai constaté qu’un tel endroit était une véritable vache à lait pour ses propriétaires et pour Loto-Québec…

Maintenant que nous connaissions mieux le jeu grâce à ces judicieux conseils, c’était décidé, nous resterions jusqu’à la fin. Malheureusement, même si je suis passé près d’avoir une carte pleine, nous sommes sortis bredouilles de cette incursion dans le merveilleux monde du bingo. La salle s’est vidée d’un coup et ça sonnait ainsi le glas de ce parcours kitsch d’une journée. Nous avons convenu que je rentrerais chez moi habillé avec les vêtements que j’avais achetés, question de rester kitsch jusqu’au bout.

Ce n’était toutefois pas tout à fait fini, car une dernière surprise m’attendait à la station Berri-UQAM, pendant une panne de métro. Non loin de moi dans wagon, j’ai vu Julien Poulin, l’interprète d’Elvis Gratton, figure kitsch par excellence de notre imaginaire collectif! Belle façon de compléter la journée!

2 Comments

  • Van The National

    Bravo Simon! Ton article et nouveau look m’ont beaucoup fait rire. Tu devrais adopté le kitsch plus souvent ;).

  • J’aime comment MON reste (le miami deli) fait parti de ton expérience…Dois-je me sentir mal d’apprécier le décor et d’un jour vouloir me porter acquéreur d’un des marlins qui trônent au plafond de ce merveilleux établissement qui va souvent servit de lieu pour apprécier un 4 A.M meal suivit le lendemain d’un déjeuner sur la terrasse.

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