Prothèses intelligentes, ventes déficientes 

mercredi 25 janvier 2017 3:54

Des acteurs financiers du monde de la prothèse peinent à prévoir unanimement l’évolution du marché les membres artificiels.

Par Laurent Lavoie

Les prothèses munies d’une intelligence artificielle ont connu une vive progression au cours des vingt dernières années, mais leur commercialisation stagne en raison des prix ahurissants.

En 1997, les fonctionnalités des prothèses ont pris un tournant majeur, alors que la toute première prothèse munie d’un microprocesseur fut conçue. Cette importante spécificité électronique en permet un meilleur contrôle.

Les mouvements sont rendus possibles grâce à une connexion établie entre le membre artificiel et le cerveau. «Le défi majeur, c’est essentiellement de greffer les électrodes sur le cerveau, résume le professeur au département d’informatique à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), Mounir Boukadoum. Il faut le faire de manière à ce que ces tiges miniatures ne se brisent pas et de manière à maintenir la conductivité électrique», souligne-t-il.

L’évolution perpétuelle des membres artificiels

«Les membres artificiels ont beaucoup évolué au cours des dernières années. C’est sûr que les demandes qu’on recevait il y une trentaine d’années sont un peu différentes des demandes qu’on reçoit aujourd’hui», souligne le directeur du programme Les Vainqueurs de l’association des Amputés de guerre, Louis Bourassa, constatant l’impact de cette progression technologique.

Suite à la perte d’un membre, un individu a l’option de se tourner vers diverses ressources pour financer sa prothèse. Dépendamment des circonstances, celui-ci doit communiquer avec des organismes gouvernementaux lorsqu’il a en main sa recommandation médicale. La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) et la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) sont disponibles pour subvenir aux besoins du demandeur.

Par exemple, si une prothèse est nécessaire suite à un accident d’auto, la SAAQ est impliquée. En contrepartie, dans la situation où aucun organisme gouvernemental ne peut subventionner l’amputé, l’individu peut contacter l’association des Amputés de guerre, un organisme à but non lucratif.

Cette avancée technologique ne rejoint toutefois pas une clientèle universelle. «Les enfants sont rarement le public cible des nouvelles technologies lorsqu’on parle, par exemple, des genoux, des pieds ou des mains informatisés. Souvent ces modèles ne sont que disponibles pour les adultes», ajoute M. Bourassa. Également, étant donné que le développement physique d’un jeune entraîne un changement répétitif des prothèses et que «la haute technologie n’est pas encore disponible pour les jeunes enfants et qu’elle est plus dispendieuse», ce dernier ne sait pas quelle serait la position de l’Association pour appuyer le financement.

Le futur dun marché imprévisible

Par ailleurs, le président du programme Les Vainqueurs relate que les fabricants annonçaient auparavant une baisse de prix dans les décennies à venir par une hausse imminente de la demande. Or, il observe à présent une tendance contraire. «Le prix des matériaux coûte de plus en plus cher, alors qu’on anticipait une baisse. Les fabricants améliorent la qualité de leurs produits», explique M.Bourassa.

Le président de la compagnie OrthoMedic, Bill Peterson, nous offre un autre son de cloche. «C’est sûr que ça va être de plus en plus populaire et de moins en moins dispendieux avec le temps. Les télévisons à écran plat étaient 4 à 5000$ au début et puis là tu peux en avoir pour 700$. Maintenant, les prothèses sont très chères, mais éventuellement, plus [les fabricants] en feront, plus les prix vont descendre », prévient-il.

Le financement est donc le principal obstacle à la commercialisation des prothèses à haute technologie. M. Peterson estime qu’il vend aussi peu que deux à trois prothèses du genre par année. Il figure que le prix peut «varier entre 30-40 000$ et aller facilement à 120-130 000$. On vient même d’en faire une qui valait au-dessus de 130 000$. Elle est à l’épreuve de l’eau»

Le directeur des ventes au Québec chez OrthoPed, François Bergeron, explique ce large éventail de prix par le fait que certaines prothèses par les particularités de chaque prothèses. «Certaines ont plus d’éléments électroniques, offrent un meilleur service et plus d’options à l’amputé. Chaque fabricant a un prix», détaille-t-il. Selon lui, une main mio électrique, produisant des mouvements en captant les signaux musculaires du corps, par exemple, peut coûter entre 20 et 50 000$.Les principaux fabricants des prothèses intelligentes sont, entre autres, Steeper, Touch Bionic et Otto Bock. Cette dernière étant la plus convoitée en raison de sa haute qualité technologique.

En bref, les prothèses intelligentes se développent continuellement, engendrant des factures de plus en plus salées. Les prochaines années s’annoncent imprévisibles pour les différents acteurs financiers de ce marché.  Reste à trouver un équilibre entre le besoin de développer cette technologie de fine pointe et les coûts élevés créés conséquemment.

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