Portrait : Créer dans l’illégalité

dimanche 5 février 2017 9:42

Pendant que les festivals tentent de démocratiser la pratique du graffiti afin d’en briser les préjugés, des artistes instrumentalisent les trains commerciaux pour partager leurs créations.

Par Mathieu Aubry

Au cours de leur processus créatif, certains artistes graffeurs ne tiennent pas compte de la légalité ou de l’illégalité de leur pratique ne cherchant que la création sans contrainte. Leur liberté artistique peut par contre être compromise lorsque les artistes s’associent avec des festivals de graffitis.

Ensemble, les artistes Barse et Pemer partagent la passion commune du graffiti, depuis respectivement 5 et 15 ans. Ils ont délaissé les ruelles sombres, les toits d’édifices et l’arrière

«Graffer» des wagons de trains permet à ces artistes urbains de faire voyager leur art d’une manière simple. Ils souhaitent que leurs marques soient vues par le plus grand nombre de gens. Il n’est pas rare que leurs créations soient photographiées et partagées sur des applications comme

Dans l’optique de démocratiser l’art urbain et de pouvoir offrir aux artistes des lieux de création dépourvus de restrictions, les festivals montréalais Under Pressure et MURAL ont été créés. Depuis 21 ans, le festival Under Pressure fait rayonner le talent des graffeurs des artistes locaux, en leur offrant une place dans leur programmation. Pour l’organisatrice principale de ce festival, Melissa Proietti, «il est primordial d’offrir un lieu de création sans contraintes extérieures qui pourrait miner la liberté de création des artistes. Il faut garder un respect pour [les racines] du graffiti [en plus de] ne rien imposer aux artistes qui participent généralement déjà à leurs propres frais», partage-t-elle.

Concilier le graffiti et la légalité

La création légale de murales peut être un frein à la liberté des artistes si des commanditaires ou des propriétaires de bâtiments ont un droit de regard sur le résultat final. Il existe parfois une différence de liberté de création entre pratiquer légalement et illégalement le graffiti. «Plus de 90% des œuvres crées dans le cadre du festival le sont dans un contexte de liberté créative totale pour l’artiste», affirme Pierre-Alain Benoit. «D’abord, la pratique légale implique un accord du propriétaire de la façade utilisée, ce qui implique parfois l’approbation d’une  [esquisse]», affirme-t-il à propos des oeuvres commanditées réalisées dans le cadre du festival MURAL. Pour sa part, Melissa Proietti souligne que les commanditaires de son festival n’interviennent pas dans le processus d’approbation des œuvres.

Barse et Pemer ont par le passé réalisé des œuvres sur des murs légaux comme le viaduc Rouen dans le quartier d’Hochelaga-Maisonneuve ou le Parc de la Cité, à Saint-Hubert. Ces murs permettent aux artistes de prendre le temps nécessaire afin de réaliser pleinement leurs œuvres, laissant aller leur créativité sans se soucier des conséquences que cela pourrait engendrer.

Toutefois, d’autres artistes viennent peinturer quotidiennement sur ces murs légaux. Dans le milieu du graffiti, une loi non écrite stipule qu’il est interdit d’apposer sa signature sur celle  d’un autre artiste.

Le graffiti a historiquement été une expression artistique réalisée dans l’illégalité. Bien qu’il soit important de changer son image négative par l’entremise de projets légaux, il est primordial que la liberté artistique des graffeurs n’en soit pas diminuée par des exigences mercantiles.

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