L’ironie de l’exil

jeudi 2 février 2017 9:37

On pourrait les croire libres de contraintes lorsqu’ils quittent leur réserve, mais très souvent, les autochtones se sentent encore plus oppressés une fois séparés des leurs.

Par Léa Viens

Les autochtones qui décident de quitter leur réserve pour vivre «libres» de contraintes sont pour la plupart isolés au bout du compte, que ce soit en raison de leur séparation du reste de leur nation ou par la discrimination faite par ceux qui n’en font pas partie.

Brenda Peta, jeune femme métis Inuite, avait 8 ans lorsqu’elle a quitté son village de Salluit, dans le nord du Québec, pour venir s’installer en ville avec sa mère. Maintenant âgée de 27 ans, sa résidence principale se trouve à Sherbrooke; elle est restée, mais sa mère, elle, n’en a pas eu la force.

«À partir du moment où il est capable de communiquer, un Inuit peut s’en sortir sans problème. Ma mère connaissait bien le français, mais avait un blocage pour le parler parce qu’elle avait déjà entendu des gens se moquer d’elle. Au final, ç’a été plus facile pour elle, lorsque ça a été fini avec mon beau-père, de retourner vivre dans son village que de rester en ville et se trouver un emploi», raconte-t-elle.

La tendance des Québécois à croire que les collectivités autochtones d’aujourd’hui vivent comme eux est erronée, explique le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la condition autochtone comparée, Gérard Duhaime. Le sociologue, qui enseigne à l’Université Laval explique que la réalité autochtone contemporaine, dans laquelle la pratique de la chasse et de la pêche est encore très importante et la langue parlée n’est pas toujours l’anglais ou le français, reste très peu connue. «Ils sont donc dans un milieu qui leur est étranger par son mode de vie, tant à cause de la langue parlée que du fait qu’ils ne connaissent pas nécessairement l’ensemble de règles intrinsèques qui régissent la vie sociale en ville», affirme-t-il.

Un besoin de reconnaissance           

La jeunesse autochtone est engagée et sensibilisée. Il est important pour elle d’essayer de montrer une réalité identitaire en partie teintée du traumatisme intergénérationnel, qui est maintenant comprise et nommée. Cette nouvelle compréhension générale découle en partie des conclusions tirées du rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, déposé en 2015, qui a donné une nouvelle crédibilité à tous les témoignages d’autochtones affirmant avoir été agressés pendant leur séjour dans les pensionnats fédéraux.

Bien que malheureusement peu visibles, des ressources concrètes sont tout de même à la disposition de cette population. Des centres d’amitié autochtone s’établissent souvent dans les grands centres, et les étudiants ont accès à des associations étudiantes, comme le Cercle des Premières Nations de l’UQAM.

 

Leave a reply

required

required

optional