Pression au chronomètre

lundi 6 février 2017 4:28

La pression est un facteur omniprésent qui affecte grandement les performances d’un jeune sportif si elle n’est pas contrôlée.

Par Nicolas St-Germain

Peu importe la pression à laquelle l’athlète est soumis, il ne doit pas écarter la raison première pour laquelle il pratique ce sport?: le plaisir. «Il faut que tu passes par-dessus la pression pour t’entraîner et avoir du plaisir. Pour ma part, c’est certain que si je n’ai plus de plaisir, je ne vais pas bien performer», témoigne?la patineuse de vitesse Véronique Gagnon. 

Cette pression peut être intrinsèque, donc provenir de l’athlète lui-même ou extrinsèque, soit provenir d’une autre personne qui tente de le faire performer.?Il demeure important pour son entourage de ne pas lui en rajouter, explique le psychologue sportif Sylvain Guimond. «Le rôle des parents est de supporter l’enfant. Je leur dis toujours : il ne faut pas l’écraser, le pousser ou le tirer, il faut le supporter», ajoute-t-il.

Si jamais l’enfant ressent le besoin de performer parce que son parent ou son entraîneur le lui impose, il sera soumis à une motivation extrinsèque « C’est là que des gros problèmes d’anxiété vont se développer chez lui, parce qu’il n’aura pas intégré sa motivation, se fiant sur quelqu’un d’autre pour l’obtenir », explique l’étudiant au doctorat en psychologie, Vincent Gosselin.

Antoine Petit, ancien athlète en escrime, a commencé à faire des compétitions dès l’âge de 14 ans, si bien qu’il était classé 1er au Canada. Il était soumis à une pression extérieure constante. «Au début, quand tu commences, tu ne ressens pas cette pression. Elle survient quand tu te mets à perdre plusieurs compétitions et que l’entraîneur vient te voir pour te dire que tu dois augmenter les entraînements, faire plus de compétitions, et que tu dois le représenter et gagner. C’est à partir de là que j’ai commencé à ressentir le stress de la performance. J’ai réalisé que ce n’était pas ce que je voulais, au fond. Je n’avais plus l’impression de le faire pour moi, j’avais l’impression de le faire pour mon entraîneur», raconte-t-il

Performer pour rembourser 

La pression financière est également très présente chez les athlètes, comme l’indique Antoine Petit. «L’argent crée aussi un stress. Mes parents me disaient?c’est beaucoup d’argent, mais si tu veux continuer, on va trouver cet argent. Ça me créait de la pression, je me sentais redevable. C’est normal d’investir dans ses enfants, mais 30 000$ par année, c’est trop. Si j’allais à l’international, puis que je perdais ma compétition et que ça ne me donnait aucun point au classement, c’était 3 000$ à la poubelle», explique l’ancien escrimeur.

Il n’y a rien de sain à subir la pression de la part de ses parents parce qu’ils ont investi beaucoup d’argent dans leur jeune, selon Vincent Gosselin. «Si on met tout le temps du poids sur la valeur monétaire d’un cadeau qu’on donne, la personne va se sentir forcée de l’aimer ou de l’utiliser. C’est un peu le même principe dans le sport. Si le parent dit toujours? ‘‘j’ai investi beaucoup d’argent dans cette activité, j’espère que tu vas en profiter’’, il y a des chances que la motivation soit moins régulée par l’athlète», rappelle-t-il.

L’aspect mental

Toujours selon l’étudiant en psychologie, pour éviter que la pression vienne anéantir l’athlète, il est primordial pour les parents de le supporter, mais aussi de l’aider à se fixer des objectifs qui vont lui plaire et qui vont répondre à ses besoins. Ce peut être l’atteinte d’un but précis, par exemple les Jeux olympiques, mais le chemin pour s’y rendre doit aussi être parsemé de petits objectifs à plus court terme qui vont l’aider à ne pas se décourager.

«L’athlète doit ainsi y percevoir un sentiment de compétence, sentir qu’il est bon et capable de performer. Il doit sentir une évolution dans ses performances et qu’il acquiert de nouvelles aptitudes. Donc la motivation va devenir plus intrinsèque chez l’athlète. Ce sentiment intrinsèque est important pour le bien-être du jeune», croit-il.

Une fois qu’il a atteint un niveau plus compétitif, près du monde professionnel, le jeune sportif a besoin d’être encadré autrement que par ses parents. Véronique Gagnon fait partie de la relève du sport au pays. «On est vraiment bien entouré. Pour la préparation mentale, on a une routine à faire, on a des rétroactions, on a un journal de bord à remplir pour s’assurer que notre focus soit à la bonne place. Pour moi, c’est sûr que ce soutien aide mes performances sur la glace», décrit la patineuse de vitesse.

Ce n’est toutefois pas partout que le soutien est aussi présent. «En bas âge, il y a un léger manque, mais ça commence à prendre de l’essor. Je rencontre des groupes qui proposent du support à partir de 7 à 10 ans?; souvent plus en Europe, mais au Québec aussi ça commence de plus en plus, avec l’Association canadienne de la psychologie du sport», constate Vincent Gosselin. Un espoir est fondé pour voir les athlètes mieux outillés, mieux préparés pour faire face à la pression inévitable des sports de haut niveau.

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