La censure pour l’échafaud

dimanche 26 février 2017 1:38

Par Émile Bérubé-Lupien

Dans une société où la liberté d’expression est brandie à tout-va, le recours à la censure dans le milieu de la musique est souvent troublant.

Par exemple, la plateforme de vidéodiffusion web Vevo, qui est notamment affiliée à YouTube, censure les jurons et, parfois, les allusions sexuelles. Cette forme de sabrage semble davantage se retrouver dans les œuvres issues des courants hip-hop et RnB.

Il y a alors lieu de se demander s’il y aurait une quelconque discrimination envers cette frange de la musique. Si on se penche sur la question, il est facile de constater que le mode d’expression répandu dans ces genres musicaux est particulier : il est généralement plus explicite et direct que dans d’autres styles. Le débit des interprètes varie, certes, mais le parcours de ceux-ci est parfois différent également. Dans tous les cas, l’héritage de la culture dite urbaine en est un majoritairement composé de combats et de revendications. En ce sens, ne serait-il pas plausible, voire légitime, d’utiliser un langage parfois plus coloré ?

Cela ne semble pas être le point de vue des réseaux puritains et consensuels de l’acabit de Vevo. Ceux-ci semblent préférer attirer — ou conserver — un audimat dont ils entretiennent la fragilité. Certes, certains artistes ne versent pas dans la modération et usent parfois d’un langage fleuri superflu. Mais s’arroger le droit de modifier l’intégrité d’une œuvre est plus préjudiciable.

Le public en âge d’utiliser sans supervision et de son plein gré les plateformes de vidéodiffusion disponibles sur Internet est, a priori, suffisamment mature pour choisir d’écouter les morceaux qui lui conviennent. Dans l’optique où ce n’est pas le cas, le parent est en mesure d’installer un contrôle parental lui permettant d’éviter d’exposer sa progéniture à des chansons qu’il juge répréhensibles. Le recours à la censure demeure donc à mon sens en tout temps condamnable.

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