Ne rien faire

dimanche 26 février 2017 2:01

Par Maude Petel-Légaré

J’avais déjà entendu parler d’un peuple musulman opprimé en Birmanie, mais de le voir, c’est autre chose.

Mars 2015 — Recroquevillées dans un autobus depuis près de 25 heures, mon amie et moi étions les deux seules occidentales dans cette foulée de Birmans en direction de l’État d’Arakan, province à quelques kilomètres de la frontière du Bangladesh.

Malgré les restrictions de la junte militaire à l’égard des touristes, nous avions tout de même décidé de sortir des sentiers battus et d’aller visiter ce territoire à risque qui venait tout juste de «?s’ouvrir aux visiteurs?».

Cela faisait déjà deux semaines que nous étions en Birmanie. Pour moi, qui ai grandement suivi les périples politiques de Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix en 1991, être sur place était un rêve devenu réalité. Mais, je voulais voir de mes propres yeux cet autre peuple, «?cousin?» bangladais à l’ouest du pays. Arrivée à Mrauk-U dans l’État d’Arakan, j’ai été surprise de ne voir aucune différence apparente avec les autres états. Où était donc ce peuple basané adepte de l’islam??

C’est en se rendant dans une autre ville que je les ai aperçus sur la route. Ils étaient là, teints cuivrés par le soleil. Les femmes étaient voilées et les hommes travaillaient dans les champs. Cloîtré dans la misère, leur village avait l’air d’un camp, où insalubrité se mêlait au manque de ressources. Nous, touristes, nous ne devions pas savoir qu’ils existaient.

«?Ce sont des musulmans. Ils ne peuvent pas sortir de là et ils n’ont pas d’identité?», m’a répondu sèchement un guide qui nous conduisait. Pour lui, ce peuple apatride était des moins que rien et ne méritait pas notre intérêt. J’étais choquée par la description disgracieuse du guide, par la situation discriminatoire de cette minorité ethnique, et par le fait que ma curiosité m’avait menée à voir de mes propres yeux les Rohingya, l’un des groupes les plus persécutés au monde.

Un sentiment de rage, de tristesse et d’empathie m’a traversée. Mais qu’est-ce que je pouvais bien faire? J’étais touriste après tout. D’une certaine manière, j’encourageais cette entrave à la liberté en voyageant dans ce pays.

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