Une nouvelle véridique à l’ère des réseaux sociaux

mardi 11 avril 2017 11:42

En 2017, les sites web débordent d’informations, vraies ou fausses, et il est facile de s’y perdre.

Par Camille Payant

Le problème des fausses nouvelles cause de plus en plus de fil à retordre aux internautes qui puisent leurs informations sur les réseaux sociaux. Certaines ressources deviennent alors essentielles pour s’assurer de consommer des informations de qualité.

La fausse nouvelle est un phénomène qui ne date pas d’hier, mais depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, le débat s’enflamme au sujet des « faits alternatifs ». Bien que la fausse nouvelle puisse se loger un peu partout sur le web, dans certains médias, elle devient plus que récurrente. « Présentement, quand on parle de fausse nouvelle, on pointe du doigt de sites web qui se font passer pour des médias réguliers. On devrait peut-être plus parler dans ce cas-là de faux médias que de fausse nouvelle », explique le professeur en médias numériques à l’Université de Sherbrooke et cofondateur de l’Observatoire sur la circulation de l’information, Sylvain Rocheleau. Selon lui, la fausse nouvelle peut prendre plusieurs formes, comme la propagande, la satire ou encore la fausse nouvelle par omission « où l’acte n’est pas volontaire, mais où le travail journalistique n’a pas été assez poussé », précise-t-il.

Bien que les fausses nouvelles soient plus populaires que jamais, le concept circule depuis des décennies. En 1938, Orson Welles, créateur du célèbre film Citizen Kane, avait déjà fait une incursion dans l’univers de ce type de nouvelle. « C’était un homme de théâtre, il a décidé de simuler un bulletin de nouvelles qui annonçait une attaque des martiens sur le sol américain. Le canular a fonctionné pour plusieurs personnes », explique M. Rocheleau.

Une quête monétaire

Les motivations à créer ces faussetés sont très simples. « Ça profite aussi à d’autres personnes qui, juste pour faire de l’argent, profitent d’un trafic web », indique le professeur et directeur du programme de journalisme à l’École des médias de l’UQAM, Jean-Hugues Roy. Une seule fausse nouvelle publiée peut faire gagner à son auteur des dizaines de milliers de dollars, en publicité sur son site. « On dit qu’il n’y a plus de publicité dans les médias, mais c’est faux. Il y en a encore, c’est juste que c’est Facebook et Google qui la contrôlent maintenant », précise-t-il.

Les réseaux sociaux, face à ce fléau, devront agir rapidement, pour contrer cette tendance. « Ça mine leur crédibilité, ils ont le même besoin de prendre soin de leur public que les médias traditionnels », indique M. Roy. « Si les gens qui sont sur Facebook se rendent compte que Facebook fait juste leur montrer des sottises, les gens vont se détourner de Facebook», prévient-il.

Cas rocambolesques

Le journaliste Jeff Yates, mieux connu sur le pseudonyme de l’Inspecteur Viral, a comme mission de débusquer les fausses nouvelles et d’en faire ressortir la vérité. Au fil des années, des histoires plus rocambolesques les unes que les autres font surface dans l’univers du web. Les créateurs de ces nouvelles doivent donc user d’une certaine créativité pour percer dans le milieu. Certains ont comparé les Minions, personnages de films pour enfants, à des nazis en raison de leur costume, alors que d’autres ont fait circuler une rumeur comme quoi une émission russe permettrait le viol et le meurtre à l’écran.

Le Québec n’est pas en reste. L’an dernier, un faux article stipulant que le gouvernement provincial paierait des permis de conduire aux immigrants s’est propagé sur les réseaux sociaux. « C’est un blogueur québécois qui a créé ça de toutes pièces. Aux dernières nouvelles, c’est 101 000 partages sur Facebook, seulement au Québec », explique M. Yates, qui était remonté à la source de cette information dans un de ses billets.

Comment vérifier l’information?

Dans le flot d’informations qui sont acheminées chaque jour aux internautes, il est facile de s’y perdre. À l’aide de quelques vérifications rapides, il est possible de savoir si la nouvelle est fausse, douteuse ou véridique.

Souvent, une fausse nouvelle cause une émotion forte, de joie comme d’indignation, chez les individus. Avant de partager un lien dans sur une plateforme comme Facebook, des vérifications simples sont à faire. « Prends 30 secondes. Prends une grande respiration, relis l’affaire et dis-toi si ça a l’air fiable. Regarde le site d’où provient l’information », explique l’Inspecteur Viral.

Lorsqu’il s’agit d’une nouvelle d’importance, comme un attentat terroriste, faire une recherche rapide dans des outils tels que Google Actualités peut être une bonne option. « Les grosses nouvelles choquantes ne seront pas abordées juste par un petit blogue. Au moins un média d’information majeur va en parler, parce que la vaste majorité des informations, ce sont les médias d’information qui les partagent et non les blogues », soutient Jeff Yates.

Facebook peut être utile dans bien des circonstances, mais lorsqu’il s’agit de s’informer, d’autres sites peuvent être plus fiables. « Plutôt que de se réduire seulement aux réseaux sociaux pour s’informer, on se renseigne à partir de la page d’accueil de deux ou trois médias qu’on aime bien », suggère pour sa part Sylvain Rocheleau.

Pour les plus technos, plusieurs options sont offertes pour contrer les fausses nouvelles. « Il y a des extensions qui sont développées pour les grands fureteurs qui permettent de vérifier si la nouvelle provient d’un média reconnu. Ce n’est pas parfait, mais ça permet d’en filtrer une bonne partie », explique M. Rocheleau. En France, le quotidien Le Monde a lancé sa plateforme en ligne et son extension pour détecter les fausses nouvelles, Le Décodeur. Malgré de nombreuses critiques à son égard, il s’agit malgré tout d’un bon point de départ pour consommer une information véridique et vérifiée.

Il est donc possible, en quelques clics seulement, de trouver une information de qualité, véridique et contre-vérifiée, sur Facebook comme dans les grands médias d’information, il suffit d’être conscient des enjeux actuels.

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