Seul ou en couple : mon enfant grandira bien

mardi 25 avril 2017 4:25

Le dernier rapport de Statistique Canada montre une augmentation considérable de familles monoparentales, en effet, près de 22% des enfants de moins de 24 ans n’ont qu’un seul parent.

Par Camille Foisy

Lorsqu’il est question de monoparentalité, il est commun d’entendre des phrases telles que : «Cet enfant manque de l’autorité d’un père» ou encore «il manque de la douceur d’une mère.» Mais est-il possible pour un enfant de s’épanouir avec un seul parent ? L’auteure du livre Parent au singulier, Claudette Guilmaine, pense que oui. Elle soutient que les problématiques qui sont régulièrement associées aux familles monoparentales telles que le sentiment d’abandon chez l’enfant, l’horaire surchargé, l’absence de modèle masculin ou féminin ne leur sont pas exclusives. Peu importe le type de famille, l’essence se trouve dans le lien parent-enfant. «S’il a une réponse adéquate à tous ses besoins au quotidien, l’enfant sera épanoui», explique-t-elle. Elle ajoute que le piège est l’idéalisation du modèle biparental hétérosexuel.

Plusieurs parents monoparentaux qui ont un enfant de sexe différent du leur ont de multiples inquiétudes lorsque vient le temps de penser à la façon dont leur enfant créera son identité. C’est le cas de Catherine Vachon qui a adopté seule un garçon. «Quand je sens que ma voix de fille ne fonctionne plus, je prends ma voix de père», dit-elle en blaguant lorsqu’elle aborde la question d’une présence masculine dans la vie de son fils.

Elle explique plus sérieusement que dès le plus jeune âge de son fils elle proposait aux hommes de son entourage de prendre part à la vie de son garçon pour qu’ils agissent en tant que modèle de référence. Catherine affirme que son fils reçoit beaucoup d’attention et d’affection de la part d’hommes qui ne sont pas son père. Une méthode approuvée par Claudette Guilmaine qui ajoute que par les activités extérieures au cercle familial, telles que l’école, les activités sociales ou parascolaires, «l’enfant peut aller chercher des modèles chez d’autres adultes pour parfaire son image de lui.»

Or, la psychologue tient à préciser que la recherche d’archétypes parentaux, aussi légitime soit-elle, survalorise la présence au quotidien d’un modèle masculin ou féminin. «Plus ça va, plus on a des modèles qui ont une fluidité dans les rôles traditionnellement genrés, même à l’intérieur des couples hétérosexuels», complète-t-elle.

Anne Cavalieri, une jeune adulte élevée par une mère monoparentale, explique que ce modèle familial non traditionnel n’a pas eu d’impact négatif sur sa croissance personnelle. Elle soutient au contraire que grâce à l’environnement dans lequel elle a grandi elle est aujourd’hui plus ouverte d’esprit lorsqu’on lui parle de situations familiales atypiques.

Une question de temps

Les horaires surchargés des parents seuls les poussent parfois à l’épuisement. Catherine Vachon mentionne en riant que «ça fait neuf ans [qu’elle ne s’est] pas assise.»

«Il faut que tu sois un soutien financier et un soutien psychologique. Il faut être présent pour les devoirs, les premiers pas, les premiers coups de patin. Tu veux être là, mais en même temps, il faut que tu t’occupes de ton travail, que tu fasses le souper.», développe-t-elle.

C’est pour cette raison que plusieurs parents monoparentaux se tournent vers des sources extérieures pour les aider dans l’éducation de leur enfant. Or, ce soutien ne peut résoudre tous les problèmes.

La psychologue Claudette Guilmaine souligne que malgré le désir d’aider qu’ont manifesté les proches du parent, il est impossible de tout prévoir. «Un parent qui croyait bénéficier d’une aide se retrouve parfois sans assistance dû à la maladie ou encore à  l’éloignement physique. Il faut aller chercher le petit coup de pouce dont ils ont besoin parce que si le parent a des difficultés graves, c’est certain que l’enfant est en péril», ajoute-t-elle. Malgré l’appui de leur entourage, plusieurs parents monoparentaux ont la crainte de ne plus être aptes à s’occuper de leur enfant et ainsi de devoir le confier à d’autres. «La phobie qu’on a en tant que parent unique c’est d’être malade. Que ton enfant soit malade c’est une chose, mais moi, je n’ai pas le droit de l’être, que ce soit une petite, moyenne ou grande maladie», mentionne Catherine.

Peu importe les difficultés que peuvent traverser les parents seuls, la relation parent-enfant qui se développe dans un contexte familial monoparental est souvent quelque chose de particulier. L’émotivité de Catherine Vachon lorsqu’elle mentionne son fils et le lien de confiance unique qu’Anne Cavalierie entretient avec sa mère témoignent de cette relation exceptionnelle. La psychologue Claudette Guilmaine rappelle quant à elle qu’il faut se satisfaire pleinement de sa réalité et éviter l’idéalisation d’une situation utopique. «Plus on garde cette image d’un modèle familiale qui est irréaliste, plus il est difficile d’accepter le contexte dans lequel on vit. Nous avons tous des difficultés à traverser, et ce, peu importe notre condition familiale», affirme-t-elle.

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