Ras-le-bol au Vénézuela

dimanche 13 novembre 2011 5:47

Par Laura Pelletier B.

Les Vénézuéliens retourneront aux urnes en octobre 2012. Les experts se demandent si Chavez, affaibli par son récent combat contre le cancer, sera en mesure de se lancer dans une nouvelle course à la présidence. Le résultat des élections est difficile à prévoir. Mais s’il ne se présentait pas, l’opposition aurait beaucoup plus de chances de gagner. Une probabilité augmentée par le ras-le-bol bourgeonnant au sein de la population.

À l’arrivée d’Hugo Chavez au pouvoir en 1999, Gabriela Espinoza voit son niveau de vie chuter, étouffée par ce régime qu’elle considère dictatorial. Les épiceries se transforment alors sous ses yeux. «On ne pouvait plus manger de fruits et presque plus de poisson, car au supermarché, il n’y avait que des produits de base comme du riz, quelques légumes et des produits locaux.»

Le président a semé la discorde dans sa famille, car tous n’avaient pas les mêmes moyens financiers. «Ma grand-mère, qui n’a pas eu beaucoup d’éducation et qui vivait modestement, approuvait le régime, mais mes parents détestaient Chavez.» Après plusieurs débats et quelques assiettes cassées, ils ont décidé de ne plus se parler.

Le régime «démocratique autoritaire» de Chavez a bouleversé le mode de vie de Gabriela et celui de plusieurs Vénézuéliens qui croient vivre sous une dictature. En effet, selon Jorge Lazo-Cividanes, chargé de cours à l’Université d’Ottawa en politique latino-américaine, le régime actuel ne peut être décrit comme dictatorial. «Il y a encore des élections démocratiques et le gouvernement se limite aux menaces, contrairement au dictateurs qui ordonnent de tuer des manifestants, par exemple. Cependant, le but de Chavez n’est pas de nuire à la population, mais plutôt de la contrôler dans le but d’atteindre les objectifs de sa révolution», nuance-t-il.

L’expert admet tout de même que «dans une démocratie qui fonctionne, il n’y a pas de menace et le gouvernement tolère les autres partis, ce qui est opposé au comportement de Chavez». La pression financière que ce dernier exerce auprès des médias entache également son dossier, le pays arrivant au 133e rang sur 178 pour la liberté d’expression, selon le classement de Reporters Sans Frontières (2010).

Pourtant, la grand-mère de Gabriela n’est pas la seule à voir Hugo Chavez comme un sauveur. Les pro-Chavez mettent l’accent sur les réformes qu’il a réalisées. Le président a notamment nationalisé l’industrie pétrolière pour que les profits reviennent au pays, a entrepris une réforme dans le domaine de l’éducation pour y éliminer la corruption, a installé des cliniques publiques dans les quartiers défavorisés et a fait venir des médecins de Cuba pour y travailler.

Gabriela rétorque que le problème de cette révolution est qu’elle n’est pas bénéfique pour la classe moyenne. «Les plus pauvres ont pu se relever, mais à quel prix, pour le reste de la population?» Une opinion répandue qui permet, au référendum de 2007, à l’opposition de connaître sa première victoire électorale sur le gouvernement Chavez. Un peu plus de 50% des Vénézuéliens rejettent alors la réforme socialiste que le président voulait imposer à la Constitution.

Installée au Québec depuis l’âge de 15 ans, Gabriela Espinoza refuse de retourner dans son pays d’origine, peu importe les résultats des élections. «Ça va prendre beaucoup de temps pour reconstruire ce que Chavez a détruit.»

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