FLÜCHTLINGSKRISE À BERLIN : entre intolérance et entraide

mardi 25 avril 2017 5:14

Il n’y a jamais eu autant de réfugiés en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Par Rosalie Dion

À Berlin, la crise des réfugiés, Flüchtlingskrise en allemand, secoue les esprits depuis 2015 alors que 1,1 million de réfugiés majoritairement en provenance de la Syrie ont été accueillis en sol européen, mais la solidarité des uns coexiste avec la peur des autres.

«Malheureusement, la situation des réfugiés en Allemagne est misérable en ce qui concerne l’organisation de leur intégration et le processus d’asile», explique Laura Alice Perschel, jeune berlinoise qui a collaboré à plusieurs projets entourant l’accueil des réfugiés. Elle ajoute qu’ils doivent attendre entre 6 mois et 1 an pour que cette demande soit acceptée. «Quand il faut attendre pendant 1 an pour recevoir un asile, se retrouver à la fin du compte avec un échec est très décevant», raconte-t-elle. «Les conditions de vie de certains ce sont cependant améliorées, car ils ont quitté les camps et vivent désormais dans leur propre demeure, mais ce processus n’est pas immédiat.» En effet, cela peut prendre plusieurs mois, voire un an.
Un autre enjeu est le rapatriement par le gouvernement de réfugiés considérés comme dangereux pour la population allemande. Ceux-ci sont dirigés vers  des «zones sûres», du moins considérées comme telles. Or, celles-ci ont occasionné en début 2017 «plusieurs attentats meurtriers qui ont ensanglanté le pays, notamment à Kaboul, pourtant classé en zone sûre par le gouvernement d’Angela Merkel», tel qu’expliqué dans un reportage du magazine Arte. Ces rapatriements créent également une discrimination basée sur l’origine des groupes de réfugiés qui intègrent et intériorisent cette différence. Ce contrecoup, abschiebung, touche principalement les réfugiés en provenance de l’Afghanistan et de la Libye. Ils ne proviennent pas, selon les autorités allemandes, «de pays d’origine sécuritaire».

Ces rapatriements effectués afin de préserver la sécurité ont pu alourdir un climat de crainte déjà présent dans certaines parties du pays. L’intolérance s’est, notamment, manifestée de différentes façons dans la capitale. Par exemple, le groupe PEGIDA, les Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident, répandu partout dans le monde, a organisé une manifestation en février 2016. Lors de cette protestation publique, plus de 8 000 manifestants se sont déplacés dans la ville de Dresde pour s’opposer à la chancelière allemande et à ses politiques d’immigration trop accueillantes.

Tenter de réduire la misère

C’est en se serrant les coudes que la misère peut s’estomper. «Une ville entière s’est alliée pour remplir un rôle que le gouvernement n’était pas capable de remplir», affirme une étudiante en science politique à l’Université de Freie à Berlin, Lya Cuéllar, qui qualifiait le climat entre la fin de 2014 et le début de 2015 comme fantastique. «Durant cette période, presque tout le monde que je connaissais – pas juste des étudiants ou de jeunes adultes socialement actifs – a fait quelque chose pour aider, soit en faisant du bénévolat dans les refuges ou en donnant des fonds», raconte-t-elle. Son implication s’est déclinée en deux volets : avant la crise, elle enseignait dans un refuge à de petits groupes de femmes. Petit à petit, les groupes ont commencé à prendre de l’expansion et les hommes s’y sont joints. Elle a ensuite migré vers une autre partie de la ville pour s’occuper de la collecte de dons : des vêtements, des valises et des sacs. L’expérience ne s’est cependant pas avérée agréable pour Lya, puisque les groupes qui  entraient pour recevoir des vêtements étaient denses et arrivaient par vagues, créant une certaine cohue.

Les instances de sécurité n’étaient pas adéquates, les gardes sur les camps étaient stressés sur les camps, mais aussi agressifs, souligne la journaliste berlinoise Christina Gerhäusser. L’organisation gouvernementale était sommaire, mais malgré le fait que cette période ait été empreinte de détresse pour les réfugiés, elle ne reste pas dans la tête de Christine comme synonyme un échec de l’État. «Je pense plutôt que c’était un moment inspirant. Tellement d’organisations se sont serré les coudes et ont trouvé des idées ingénieuses. Berlin était un exemple de solidarité et d’unité», souligne Lya.

Médias et conflit

En automne 2015, la question migratoire était sur toutes les lèvres.

«Certains journalistes sont devenus activistes», affirme Christina Gerhäusser, journaliste à l’agence de presse Deutsche Welle. Elle observe un changement important dans son métier, depuis la crise,  les priorités sont toutes autres.
La réinsertion sociale des réfugiés est également un enjeu important pour les activistes allemands. Christine affirme que, du côté de la Deutsche Welle, «on utilise  environ 40 langues différentes dans lesquelles on présente les contenus. Il y a un programme arabe dans lequel des réfugiés sont inclus». Les grands changements qui se sont opérés dans la société se sont traduits principalement par les discussions entre les citoyens. «D’un coup, les gens étaient plus intéressés à en savoir plus sur les raisons de la migration. Beaucoup d’Allemands ont vécu un choc», affirme-t-elle. La crise des réfugiés était vue par la majorité comme lointaine, mais lorsqu’elle s’est manifestée de façon plus radicale, un intérêt des citoyens a  surgi de façon importante.

L’intolérance et l’entraide coexistent en Allemagne, mais la mobilisation citoyenne prouve tout de même une forte implication des Allemands qui souhaitent voir les choses s’améliorer.

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