Darija : Plus d’une langue pour apprendre

mardi 25 avril 2017 5:20

Si l’arabe et l’amazigh sont les deux langues officielles du Maroc, c’est la darija, une langue vernaculaire que l’on ne retrouve qu’à l’oral, qui est parlée par 90% de la population, selon le dernier recensement.

Par Sarah Xenos

L’utilisation de la darija dans la sphère publique marocaine fait l’objet d’un débat houleux depuis plus de 10 ans: le droit d’apprendre dans sa langue maternelle. Alors que l’analphabétisation affecte le tiers de la population, des voix s’élèvent pour dénoncer l’enseignement en arabe classique dès le primaire ; un frein pour l’apprentissage, selon le rapport mondial sur l’éducation de l’UNESCO.

«Il s’agit d’un phénomène international. Les gens qui veulent promouvoir les langues dites maternelles peuvent s’appuyer sur les recommandations des Nations Unies qui leur donnent des arguments forts», souligne la directrice de l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman de l’Université d’Aix-en-Provence, Catherine Miller.

Pour Loubna Lhachimi, professeure de darija à l’École de gouvernance et d’économie de Rabat, ce serait une erreur que d’imputer l’analphabétisation à l’enseignement de l’arabe classique et au blocage que cela peut créer chez les enfants. Selon elle, le problème d’analphabétisation est plutôt d’ordre logistique et financier. «Dans plusieurs régions marocaines, l’accès à l’éducation demeure difficile, parfois l’école la plus proche est à une heure de marche. Il y a des parents qui refusent que leurs enfants parcourent des kilomètres pour aller à l’école et, même pour les enfants qui le font, plusieurs doivent abandonner parce qu’ils n’en peuvent plus», déplore-t-elle.

Un dialecte oral

Comme toute langue vivante, la structure grammaticale de la darija et son champ lexical varient d’une région à l’autre, la rendant difficile à codifier. Selon le journaliste originaire du Maroc, Rachid Hassan, l’introduction de la darija dans le système d’éducation n’est pas une option. «Cela mènerait à une dégradation du niveau d’enseignement qui ne mènerait qu’à la formation d’une main-d’œuvre incapable de penser (…) la darija ça ne va pas nous mener à un enseignement de qualité», pense-t-il.

Selon lui, cela ne ferait qu’augmenter les inégalités d’éducation entre les enfants issus des milieux plus aisés qui peuvent continuer leur scolarité dans des institutions privées de meilleure qualité, et les enfants provenant de quartiers défavorisés. De plus, l’enseignement de la darija, au détriment de l’arabe classique, aurait pour effet d’isoler le Maroc des autres pays arabophones.

Pour Loubna Lhachimi, professeure de darija, il ne s’agit pas d’une langue académique à proprement parler, plutôt d’une langue de communication. Elle ne peut pas remplacer l’arabe classique dans le cursus scolaire.

Une étape importante pour la standardisation de cette langue vernaculaire a tout de même été franchie. Un premier dictionnaire consacré à ce dialecte marocain a récemment été publié, il est le fruit du travail de trois linguistes et du président du Centre de promotion de la darija, Nourreddine Ayouch. D’ici quelques mois, un lexique et un livre de règles grammaticales devraient aussi voir le jour, de quoi raviver le débat.

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