Une culture qui perd le nord

mardi 25 avril 2017 6:27

Si le réchauffement climatique risque de créer un bouleversement mondial dans les prochaines années, les Inuits du Groenland, eux, en ressentent déjà les effets.

Ludovic Théberge

L’Arctique, baromètre mondial du changement climatique selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, voit depuis près de 20 ans ses conditions environnementales s’effriter. À première vue, les conséquences du réchauffement global ne sont que d’ordre environnemental. Toutefois, la fonte des glaciers perturbe également les activités traditionnellement pratiquées par les communautés inuites du Groenland telles que la chasse et la pêche, poussant du même coup, une culture vieille de 5 000 ans au bord du gouffre.

«L’Arctique se réchauffe, en général, à peu près deux fois plus vite que le reste du globe, et cela en raison de l’amplification polaire», explique le professeur et chercheur à la Chaire de recherche du Canada en biodiversité nordique de l’Université du Québec à Rimouski, Dominique Berteaux.

Le phénomène de l’amplification polaire existe en partie puisque le système climatique de la terre est déréglé. De façon globale, la chaleur des zones tropicales se déplace par le biais de courants d’air des régions chaudes vers les plus froides. De plus, la neige a le pouvoir de réfléchir près de 80% des rayons de soleil, n’absorbant donc que très peu de chaleur. Par conséquent, la température reste stable. Or, la banquise fond plus rapidement qu’à l’habitude, recouvrant ainsi une moins grande surface. Moins de rayons sont réfléchis, donc plus de chaleur est absorbée. En conséquence, il y a une hausse du mercure dans les  zones arctiques.

Une ère d’adaptation

Autrefois, les Inuits s’alimentaient presque exclusivement de viande d’animaux qu’ils chassaient tels que le phoque, l’ours et la baleine. Dorénavant, outre quelque 800 Inuits vivant plus traditionnellement dans le nord du Groenland, les communautés n’ont nul autre choix que d’intégrer la nourriture commerciale à leur régime alimentaire, mais pas à n’importe quel prix. «Le coût de la nourriture dans les supermarchés est relativement très élevé dans les régions nordiques», explique le professeur du département de linguistique et spécialiste en langues autochtones de l’Université du Québec à Montréal, Richard Compton. «Puisqu’on ne retrouve pas d’autoroutes dans ces régions, les aliments doivent être transportés par avion ou par bateau, ce qui en augmente significativement le prix», ajoute-t-il.

La fonte précipitée de la banquise en avril n’est pas le seul obstacle auquel font face les Inuits lorsque vient le temps de chasser; les habitudes des animaux changent aussi, puisqu’ils sont tout aussi affectés par le réchauffement planétaire. «Les ours polaires, par exemple, sont évidemment affectés par les changements climatiques puisqu’ils ont besoin de la banquise pour chasser. Mais, les morses ainsi que les phoques le sont aussi, eux qui ont l’habitude d’élever leurs petits sur la banquise», analyse l’écrivain scientifique Tim Folger. «Les effets causés par les changements climatiques ont des répercussions sur l’entièreté de la chaîne alimentaire, en commençant par les algues qui poussent sur la glace jusqu’aux baleines qui se nourrissent de poissons s’alimentant d’algues glaciaires», renchérit celui qui a vu plusieurs de ses articles être publiés par National Geographic.

Avec la fonte des glaces plus hâtive, la chasse est devenue une activité plus précaire durant certains moments de l’année. Le peuple nordique doit donc minutieusement étudier leur environnement pour mieux le comprendre, une dure tâche, sachant que la situation se dégrade d’année en année, raconte Tim Folger.

Un vent qui tourne

«La plupart des Inuits sont heureux de vivre au Groenland, après tout, il s’agit de leur terre natale. Il ne faut pas non plus oublier que les familles sont tissées très serrées», estime Tim Folger

La réalité est toutefois légèrement différente. Les petits villages n’offrant pas beaucoup d’opportunités pour les jeunes Inuits, ceux-ci doivent alors quitter le domicile familial s’ils veulent poursuivre des études postsecondaires. «De plus en plus de jeunes Inuits sont à la recherche d’emplois dans un secteur de l’économie moderne», dénote l’écrivain. Il y a donc de moins en moins d’hommes pratiquant la chasse, une activité, il croit, qui disparaîtra un jour.

La principale cause de tous ces changements climatiques repose avant tout sur l’émission des gaz à effet de serre. La solution ayant le plus d’impact serait leur réduction. Pourtant, les États ne semblent pas prendre complètement la menace au sérieux et les 160 000 Inuits du Groenland, de l’Alaska, du Canada et de la Russie sont bien peu pour faire plier les principales têtes dirigeantes du monde.

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