Le minéral de la délocalisation

mardi 25 avril 2017 6:45

L’exploitation diamantaire du pays est à la source d’une controverse humaine

Par Martin Ouellet

Reconnue pour l’exploitation équitable des mines de diamants, l’industrie minière du Botswana est pourtant au cœur de la délocalisation de l’entièreté du peuple des Bochimans. Le 14 février 2017, le pays annonçait son adoption de l’initiative canadienne Vers le développement minier durable (VDMD), mais les critiques persistent quant au non-respect des droits de la personne.
Représentant environ 30% du PIB botswanais et plus de 75% des revenus d’exportation du pays, l’industrie du diamant est une force économique majeure issue d’un partenariat équitable entre le gouvernement et les minières en place. Le gouvernement du Botswana possède ainsi une copropriété sur les opérations de la minière De Beers, le partenariat nommé Debswana fait la promotion d’un développement durable pour le pays, avec un partage qui laisse jusqu’à 75% des revenus à l’État.
Selon Survival International, une organisation non-gouvernementale de défense des droits des peuples autochtones, ce «développement durable» ne prend toutefois pas en considération l’aspect humain inhérent au développement de l’industrie sur les terres du pays. Au centre du Botswana, la région semi-désertique du Kalahari central est une réserve historique pour les Bochimans, un peuple autochtone qui vit modestement des ressources naturelles de l’endroit. Depuis la découverte du sol riche en diamants de la région au début des années 1980, ce peuple a été la principale victime du développement minier: lois répressives, délocalisation, violations des droits de la personne, toutes les mesures possibles ont été entreprises afin de chasser les Bochimans de leur territoire ancestral pour laisser place aux grandes minières.
«Les plus gros conflits concernent la délocalisation et la relocalisation, ainsi que la protection des droits de la personne, c’est un ensemble. Il y a peu d’endroits où vous pouvez aller en Afrique, y prendre une centaine d’hectares et construire une mine sans que personne n’y vive déjà», explique Jamie Kneen, responsable du programme Afrique de Mining Watch, une organisation canadienne de surveillance des projets miniers.

Un peuple qui lutte pour sa survie
Aujourd’hui, les quelques 55 000 Bochimans du Botswana luttent pour leur survie au sein d’un territoire qui leur est devenu inhospitalier en raison des lois imposées par l’État botswanais. Leurs moyens de subsistance leur ont été retirés un à un au fil des années: ils n’ont ainsi plus le droit de chasser dans la réserve, ils n’ont pas non plus accès aux infrastructures de bases, comme les puits d’eau potable qui ont été bétonnés dans un effort gouvernemental d’expulser la population du territoire. L’établissement en 2014 de la mine de diamant Ghaghoo, par la minière britannique Gem Diamond, directement dans la réserve, marque un nouveau chapitre dans l’exploitation de ce territoire; les minières n’ayant jusque-là qu’effectué leurs opérations en périphérie.
«Le Botswana a pu occulter sans peine les véritables victimes de la fièvre diamantifère. Les droits des [Bochimans] sont toujours violés par un gouvernement qui se considère trop puissant pour devoir obéir aux décisions de sa propre Cour suprême», dénonce le directeur de Survival International, Stephen Corry, sur le site internet de l’organisation.

Vers le développement minier durable
En application au Botswana depuis le 14 février 2017, le programme VDMD est «une initiative de l’Association minière du Canada qui a pour objectif d’aller au-delà des exigences réglementaires en ce qui concerne la gestion des résidus miniers, la santé-sécurité et la biodiversité»,  précise la directrice de l’environnement et du développement durable pour l’Association Minière du Québec (AMQ), Nathalie Tremblay. C’est un standard à la pointe des exigences internationale, en fonction depuis seulement 2014 au Québec.
«Plusieurs pays se dotent d’excellentes réglementations et lois, mais ne les appliquent pas! […] Si une population se fait déplacer par des opérations minières, les compagnies n’en assument pas la responsabilité et le gouvernement se contente d’outrepasser leurs droits», rapporte Jamie Kneen. La lutte pour un développement durable et humain est donc, selon lui, loin d’être gagnée.
D’un point de vue environnemental, Nathalie Tremblay affirme que les corporations minières prennent des engagements afin de rendre aux lieux exploités leur état naturel d’autrefois lorsqu’une mine est épuisée. Jamie Kneen prévient que ces cas sont excessivement rares et que, la plupart du temps, les mines à ciel ouvert sont tout simplement inondées d’une eau qui restera contaminée par les résidus de l’extraction minière. De Beers, la mine derrière la plus grande part de l’exploitation du diamant au Botswana, est d’ailleurs actuellement poursuivie par le groupe écologiste Wildlands League, en raison d’une eau possiblement contaminée au mercure à la mine de diamant Victor, près du territoire de la première nation Attawapiskat, en Ontario.

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