Mon député sans communauté

mardi 25 avril 2017 7:01

Plusieurs communautés sont à risque d’être fusionnées et craignent une perte de richesse culturelle et de voix politique.

Par Florence Dancause

Le tollé soulevé par la fusion de la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques avec une partie de Westmount-Saint-Louis a remis au goût du jour la question de la représentativité des communautés.

Lors d’un redécoupage de la carte électorale, la Commission de la représentation électorale (CRÉ) a comme critère que chaque circonscription représente une communauté naturelle établie selon certains éléments démographiques, géographiques et sociologiques. Or, plusieurs experts critiquent ce concept qui élimine l’hétérogénéité. Le professeur de sociologie de l’UQAM, Joseph Yvon Thériault, voit un danger dans le concept de la représentation qu’il qualifie de «?miroir?». «?Le député est avant tout un législateur, c’est quelqu’un qui fait des lois au nom de la société entière et non pas au nom d’un groupe particulier,?» affirme-t-il.

 Des fusions additionnelles  

Les fusions territoriales se font principalement pour des raisons de manque d’électeurs ou de fusion de services, et peuvent entraîner leurs lots de conséquences. L’égalité du vote des électeurs est un principe important. Chaque circonscription doit avoir un nombre d’électeurs à peu près égal, la loi précise que le nombre d’électeurs ne peut surpasser ou être en deçà de 25% de la moyenne provinciale.

Électeur de Ste-Marie-St-Jacques et étudiant à l’Université du Québec à Montréal, Thomas Lapointe croit «?qu’il aurait été plus difficile d’avoir un député représentant nos projets dans le quartier, que ce soit un parc ou un jardin communautaire, face au centre-ville en pleine expansion?». «?Mme Massé est une grande défenseure des droits des lesbiennes, gays, bisexuels et trans (LGBTQ) au Québec et apporte une opposition pertinente et très près de la réalité de la population dans mon quartier», rappelle-t-il.

Représentativité 

Si certaines circonscriptions deviennent des lieux où les intérêts sont irréconciliables, cela pourrait appauvrir les revendications politiques prévient le président de l’organisme Mouvement démocratie nouvelle, Jean-Sébastien Dufresne. «?Les candidats vont essayer de répondre à une trop grande diversité d’intérêts et qu’ils vont essayer d’édulcorer leur discours le plus possible pour plaire à une diversité de gens», soutient-il.

Au contraire, si une circonscription ne représente qu’une seule communauté naturelle, le député peut être «?ghettoïsé?», selon M.Thériault, professeur de sociologie. «?On singularise tellement un député qu’à un moment donné, il ne devient que le miroir de ce qu’est sa circonscription», conclut-t-il.

Si on se retrouve avec une assemblée qui est plus représentative de la population, c’est l’ensemble de la population qui est gagnante, peu importe de quel parti on est. Selon plusieurs, dont la députée de Québec Solidaire, Manon Massé, et le Mouvement démocratie nouvelle, qu’importent les modifications de la carte électorale, seul un changement du mode de scrutin permettrait une meilleure représentation de la diversité de la population. Cela préviendrait aussi le développement d’une méfiance envers les institutions démocratiques et un certain cynisme devant l’exercice politique, croit Jean-Sébastien Dufresne.

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