Cibler sa concentation

mercredi 26 avril 2017 8:44

Le biathlon exige la maîtrise de deux disciplines qui impliquent à la fois un contrôle complet de ses facultés psychologique et endurance physique.

Mathieu Aubry

En plus d’être un élément essentiel à la pratique du biathlon au même titre que le ski de fond, le tir à la carabine représente l’extension de la concentration mentale des biathlètes, sur laquelle repose la clé d’une bonne performance.

Le biathlon est un sport hivernal combinant le ski de fond et le tir à la carabine, deux disciplines qui ne se ressemblent pas du tout,  selon l’assistant-entraîneur de l’équipe provinciale de biathlon et ancien biathlète olympique Jean-Philippe Le Guellec. «Il s’agit de deux activités complètement opposées. Le tir à la carabine est l’antithèse complète de l’activité cardiovasculaire et musculaire qu’exigent le ski de fond. Pour le tir de précision, il faut être complètement disposé mentalement à pouvoir tirer», estime l’athlète qui a représenté le Canada aux épreuves de biathlon des deux derniers Jeux olympiques d’hiver.

L’athlète doit faire preuve d’une grande concentration afin d’être en mesure de tirer sur une cible située à 50 mètres de sa position. C’est justement le niveau de difficulté imposé par le tir à la carabine qui fait vibrer l’âme sportive de Frédérique Carrière-Pérusse, jeune biathlonienne de quinze ans. «Moi, ce que j’aime, c’est le défi de plus. Quand on vient tout juste de skier, on est essoufflé, fatigué. On doit essayer de se concentrer et de se stabiliser», soutient-elle alors qu’elle était aux Championnats canadiens de biathlon à Canmore, en Alberta.

L’exigence de la carabine

Durant les épreuves individuelles, les athlètes disposent de cinq balles pour toucher les cinq cibles à chaque passage au pas de tir, l’endroit d’où tirent les athlètes. Des pénalités s’appliquent s’ils manquent la cible. Il peut s’agir d’une minute supplémentaire ajoutée au chrono final ou de l’ajout de 150 mètres supplémentaires à la course.

Pour Jules Burnotte, biathlète estrien et étudiant à l’Université de Sherbrooke, une des clés de la réussite est la visualisation qu’il effectue avec sa carabine, lorsqu’il ne s’entraîne pas sur les pistes. «Je m’installe dans ma chambre, chez moi. Je pointe ma carabine sur le mur. Je prends position. Je peux rester 5 minutes, 10 minutes, juste à regarder une cible sur le mur à travers ma mire. Meilleur tu es à te concentrer, ou à tirer tout simplement, meilleur tu seras pour te concentrer en situation de course», garantit Jules, tout en rappelant qu’à ses débuts, en sixième année, la carabine l’intimidait. La peur de se blesser a fait place à la passion de la précision qu’exige le tir.

Contrairement à certains sports où les jeunes pratiquent avec tout l’équipement dès le plus jeune âge, l’introduction à la carabine s’effectue par étapes. «Chez les plus jeunes, l’accent est mis sur le ski de fond avant tout», confirme le président de la Fédération québécoise de biathlon, Jean-Guy Lévesque. Si la pratique du biathlon intéresse le jeune, le tir à la carabine sera graduellement intégré à l’entraînement. «À l’âge de huit ans, la carabine est déposée sur un bloc de bois. Plus lenfant vieillit, plus le bloc de bois tend à disparaître», rajoute-t-il.

Contrôler ses pulsions…cardiaques

Les athlètes doivent aussi développer leurs capacités physiques afin d’être en mesure de faire baisser rapidement leur rythme cardiaque lorsqu’ils arrivent au pas de tir. Le cœur, lorsqu’il bat rapidement, crée des vibrations dans le corps, ce qui vient perturber la concentration des tireurs. L’athlète doit donc être en très grande forme physique pour que son pouls ralentisse dès que l’effort cesse.

Fort d’une implication de près de 40 ans dans ce sport, Jean-Guy Lévesque estime connaître la recette gagnante des athlètes qui se démarquent. «L’augmentation de la capacité à récupérer facilement après l’effort physique est directement liée à une augmentation du VO2 max», confie-t-il. Le VO2 max est un indice qui permet de mesurer l’endurance et le temps de récupération de l’athlète. Grâce à une récupération en oxygène efficace, l’athlète peut abaisser les battements de cœur afin de pouvoir se concentrer et tirer avec précision. «Le tout en vingt secondes, ce qui est loin d’être évident pour le tireur en position debout», précise fièrement Jean-Guy Lévesque.

Durant la saison estivale, les athlètes prennent tout de même d’assaut les centres de biathlon afin de s’entraîner à la course et au patin à roues alignées. «L’été, avec le patin à roues alignées, on peut développer ses techniques de montée et de descente», estime Jules Burnotte, qui revient tout juste d’Estonie, où il a participé à la Coupe du monde de l’Union internationale de biathlon.

Jules Burnotte prend du repos pour le prochain mois suite à la conclusion de sa saison.  À son retour à l’entraînement, la neige  aura probablement disparu du paysage.  Qu’à cela ne tienne, il n’aura qu’en tête le moment où il pourra rechausser ses skis.

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