Gouverner la civilisation humaine

lundi 1 mai 2017 8:02

Guerres, inégalités sociales, droits bafoués, discrimination : plusieurs diront que la division du monde constitue la source de ces problèmes. Unir l’humanité dans un seul et même État , le Gouvernement mondial, semble idéaliste, mais n’est pas impossible.

Par Olivier Faucher

On sait tout de suite que l’on n’a pas affaire à un politicien conventionnel lorsqu’on consulte la page Facebook de Richard Chartand. Des images de lui avec des citations extravagantes font beaucoup réagir les internautes. L’homme originaire de Brossard compte se présenter comme candidat aux prochaines élections provinciales pour le Parti Québécois, mais a aussi des idées de plus grande envergure.

Le politicien a comme objectif politique ultime d’être le premier président international de la nation humaine. Il croit que la division des êtres humains est à la source de leurs problèmes. «Nous faisons tous partie de l’humanité, nous vivons tous sous une même planète que j’appelle le royaume de la Terre, nous respirons tous le même air, buvons tous la même eau. Pour moi c’est une logique universelle que l’humanité, un jour s’unisse pour qu’il y ait un gouvernement qui prenne en charge toutes les ressources pour assurer un partage global», déclare-t-il.

Chartrand mène un projet que plusieurs trouvent farfelu et certains ne se gênent pas pour lui dire sur les réseaux sociaux. Sur une de ses publications sur le sujet, on peut y lire des commentaires tels que : « Tu réalises Richard, que tu ne deviendras jamais le premier président international planétaire parce que tu te feras diagnostiquer une psychose justifiée par tes délires bien avant ? » Or, le politicien compte se servir de cette opinion que le public a de lui pour gagner en popularité et accéder au pouvoir. « C’est un projet à vie et je suis conscient qu’il n’y a aucune certitude, mais je compte y arriver en suscitant beaucoup de controverses pour river les yeux de plus de gens possibles sur moi. Quand le moment viendra, il y aura un grand vote international et voilà comment je deviendrai le leader de l’humanité », explique ce dernier.

Tenir compte des différentes régions

Cette théorie que le monde peut être dirigé par un seul et unique gouvernement relève de la spéculation, puisque dans l’histoire, certains empires comme l’Empire britannique ou l’Empire romain ont déjà eu le contrôle d’un territoire considérable, mais jamais du monde entier.

« Incontestablement, ça ne peut être qu’un système qui requiert la participation la plus large possible des états ou des territoires concernés. Autrement, on bascule dans une situation de quasi-dictature, explique Daniel Holly, professeur de science politique à l’UQAM. Je vois mal comment cette complexité du monde et ses contradictions très nombreuses pourraient s’accommoder d’une direction centralisée unique qui ne serait pas démocratique », indique-t-il

Cette complexité, l’expert tient fortement à la soulever. Il croit que la tâche qui attend cet État mondial est considérable, notamment en raison de la diversité du monde. « Une suppression des frontières engendrerait sans aucun doute des tensions qui ne pourraient être atténuées que par un recours à des politiques qui tiendraient compte de la disparité culturelle », renchérit-il

Daniel Holly mentionne également qu’il reconnaît l’existence d’enjeux qui regroupent l’humanité en entier, mais qu’il serait une erreur d’oublier les enjeux qui sont propres à chaque région du monde. « Tenir compte des régions serait indiscutable. Même dans le monde dans lequel nous vivons, les pays sont confrontés à des problématiques régionales et locales. Les différences entre les régions ne peuvent être ignorées», explique Holly. Un tel gouvernement mondial reposerait assurément sur les structures régionales, mais tout en étant le véhicule de mise en commun des problèmes auxquels fait face l’humanité », ajoute-t-il.

Un gouvernement mondial pourrait contribuer à une réduction des inégalités sociales, pense quant à elle Deena White, professeure en sociologie à l’Université de Montréal. Elle croit cependant que les organisations internationales actuelles fonctionnent trop dans l’intérêt des grandes puissances. « Si, par exemple, le Congo obtenait le même pouvoir que les États-Unis à l’ONU, les États-Unis se retireraient. Réduire les inégalités mondiales par le biais de ces organisations dépend donc strictement de la bonne volonté commune des pays riches qui les contrôlent », indique-t-elle

La question délicate des frontières

L’idée d’un gouvernement mondial fait inévitablement remettre en question le concept des frontières qui divisent la population mondiale.

En se basant sur des exemples d’histoire concrets, Deena White conclut que les frontières internationales, elles, sont là pour rester. « Si l’on observe des expériences que le monde a connues et je pense surtout à l’Union européenne, on voit qu’il y a eu un énorme effort pour diluer les frontières entre les pays membres de cette dernière. Démanteler complètement ces frontières, même à l’époque, aurait cependant été impossible. Les Français n’iraient jamais jusqu’à dire qu’ils ne sont plus français, les Britanniques non plus, les Allemands non plus et les Italiens non plus », illustre-t-elle.

La professeure termine en ajoutant que le monde ne connaîtra pas une dilution des frontières dans un avenir rapproché étant donné l’arrivée massive de migrants de Syrie et d’autres pays moins fortunés qui entraîne plusieurs pays à se replier sur eux-mêmes, que ce soit en se retirant des associations politico-économiques comme le Brexit ou encore en renforçant les frontières physiques comme pourrait le faire le mur de Donald Trump.

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