Quand le virtuel s’immisce dans le réel

mercredi 8 novembre 2017 4:00

Les utilités de la réalité virtuelle sont variées

Par Laurence Dami-Houle


Depuis une quinzaine d’années, au Québec, la VR (acronyme pour virtual reality) a révolutionné les méthodes de recherche et d’accumulation de données, en plus d’amener les psychologues sur cette nouvelle voie qu’est la cyberpsychologie.

«À l’époque, on utilisait souvent des photos d’enfants nus, mais ça ne faisait pas l’unanimité. Maintenant on utilise des images d’enfants virtuels», se souvient Patrice Renaud, chercheur-titulaire à l’Institut Philippe-Pinel de Montréal. La cyberpsychologie se définit d’abord par l’analyse des effets du cyberespace sur les comportement. Par cyberespace, on entend une extension du monde cérébral d’une personne.

La réalité virtuelle est une technologie qui plonge le spectateur dans un univers créé artificiellement par des moyens numériques, souvent à l’aide d’un casque ou de lunettes qui offrent au spectateur une expérience à la fois visuelle et auditive, parfois même sensorielle.

Ce sont dans ces conditions qu’entre en scène la voûte. «C’est simplement un cube à l’intérieur duquel sont projetées des images sur ses multiples faces, que les patients peuvent voir lorsqu’ils portent un casque sur les yeux qui leur donne la vision en 3D (trois dimensions)», énonce le docteur Stéphane Bouchard, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en cyberpsychologie clinique. «La voûte immersive de l’UQO (l’Université du Québec en Outaouais) est l’une des seules au monde à comprendre 6 faces et à être dédiée à la santé mentale», ajoute-t-il.

Il s’agit de l’outil de recherche et de cueillette de données par excellence. «La personne est assise et on mesure ses réponses cérébrales, ses réponses oculo-motrices, ses réponses érectiles»,  témoigne le docteur Patrice Renaud, dans le cadre de ses recherches sur les profils déviants pédophiliques. «Tout ça sert à vérifier quelles sont ses préférences sexuelles et si on a, oui ou non, un profil déviant», explique-t-il.

Changer les réponses cérébrales, une image à la fois

Si l’accumulation de données et la recherche sont réalisables à l’aide de la réalité virtuelle, les traitements le sont aussi, et c’est là que surviennent les avancées les plus spectaculaires, soit réussir à guérir des patients grâce à un univers immersif. «On a pu montrer que notre thérapie était supérieure avec la réalité virtuelle qu’un traitement traditionnel», souligne le Dr Bouchard.

Ce n’est pas que les méthodes traditionnelles sont désuètes, bien au contraire. Le traitement par la réalité virtuelle utilise les bases fondamentales des traitements classiques. «La réalité virtuelle ne dénature pas ce qu’on faisait en thérapie. On fait la même chose mais en réalité virtuelle», explique le Dr Bouchard. Selon lui,  la manière la plus efficace de traiter les troubles anxieux est de progressivement apprivoiser les peurs du patient.

C’est dans cet optique d’apprivoisement de ses peurs que le monde virtuel prend toute son importance dans ce domaine. «Lorsqu’on fait de l’exposition, on ose faire des choses qu’on ne pourrait pas faire de façon traditionnelle dans le but d’avoir des traitements plus efficaces», relate Dr. Bouchard. Par exemple, lorsqu’il traite la phobie des hauteurs d’un patient à l’aide des lunettes de VR, il amène ce dernier à sauter dans le vide au terme d’autres expérimentations; le patient réagit avec peur au début, mais vient finalement à la conclusion qu’il n’est pas atteint par le vide.

Il semble que le traitement par réalité virtuelle soit un succès. En revanche, savoir ce qui adviendra de cette technologie et de son impact sur l’humain est flou. «C’est une question intéressante au plan philosophique quant à savoir comment cela façonnera la nature humaine dans les prochaines étapes de notre évolution», relève le Dr. Renaud.

L’être humain a déjà fait de la technologie son maître, alors qu’adviendra-t-il lorsque la technologie pourra créer une existence virtuelle complète? «Un individu pourrait trouver plus intéressant de passer sa vie dans un univers virtuel plutôt que dans la vraie vie et donc développer des dépendances. Ça pourrait arriver. Il y a une préoccupation à avoir là-dessus», conclut le Dr. Bouchard.

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