Le dragon s’éveille

samedi 18 novembre 2017 12:30

Le hockey connaît une belle croissance mondiale qui pourrait faire écho jusqu’en Chine.

Par Nicholas Pereira


La nomination de la Chine pour les Jeux Olympiques d’hiver de 2022 a relancé l’intérêt du géant asiatique pour le hockey. Le pays tente actuellement de moderniser son programme de développement qui fait encore face à certaines lacunes.

Outre un manque de progression, plusieurs facteurs jouent en faveur de la Chine. Le pays  possède les investisseurs nécessaires et peut facilement bâtir des infrastructures adaptées en plus de profiter d’un marché au potentiel énorme : 1,4 milliard de personnes. Seules les techniques de développement semblent pouvoir obstruer l’avancement du projet. «Il va falloir qu’éventuellement les Chinois acceptent d’avoir plus d’étrangers dans des postes de direction», assure Alexandre Pouliot-Roberge, journaliste spécialisé dans la Ligue continentale de hockey (KHL). Selon ce dernier, il est primordial pour les investisseurs chinois d’assumer qu’ils ne savent pas tout, notamment en ce qui concerne le marketing et la formation.

Pouliot-Roberge explique que les hautes instances du hockey chinois ne réalisent pas qu’en refusant l’aide d’intervenants venant de l’extérieur du pays, elles nuisent au développement du hockey en Chine. «Les dirigeants favorisent depuis des années des jeunes joueurs provenant de la région d’Heilongjiang à des joueurs venant du centre du pays, seulement en raison de l’historique du hockey de cette région», affirme-t-il. Cette région possède déjà certaines notions en matière de hockey, notamment en raison de la situation géographique de celle-ci, qui ne se situe qu’à quelques kilomètres de la frontière russe, pays où le sport est bien établi. Ainsi, depuis 1953, année de création du championnat national chinois, la majorité des titres ont été remportés par les équipes d’Heilongjiang. Leurs dirigeants ont éventuellement pris la responsabilité de l’équipe nationale, qu’ils contrôlent désormais à leur guise.

Une amélioration perceptible

Certains joueurs provenant de Beijing continuent de se développer malgré la mauvaise gestion des dirigeants chinois. On peut penser à Misha Song, un joueur repêché par les Islanders de New York ou à Rudi Ying qui évolue quant à lui parmi les  Red Star Kunlun de Pékin dans la KHL. Ils ont tous deux traversés l’océan Pacifique en bas âge afin de se développer davantage au Canada. Cela prouve que les Chinois sont en mesure de bien faire dans le hockey, à condition d’avoir les enseignements nécessaires, chose qui ne peut actuellement leur être offerte en Chine. Mark Simon, qui travaille en Chine depuis 2006 afin d’y implanter un programme de développement pour le hockey chinois et parallèlement pour le Red Star Kunlun dans la KHL, croit fortement que la Chine manque de formation à bien des niveaux. « Dès que la Chine, en tant que pays et association sportive, comprendra qu’elle doit cesser les punitions physiques à l’entraînement, limiter les sessions d’apprentissage privées et régulièrement évaluer les entraîneurs de son programme de développement, ce sera déjà un pas dans la bonne direction», affirme M. Simon.

Un problème de marketing

Le bassin de joueurs est souvent le fer de lance d’un sport en croissance. Toutefois, comme le démontre le plus récent recensement de l’Association internationale de hockey sur glace (IIHF), 1101 joueurs chinois sont répertoriés comparativement à 631 295 pratiquants au Canada. Pour inciter les jeunes à jouer au hockey, il faut les amener à l’aréna, mais aussi leur acheter des patins, des casques et tout l’équipement nécessaire, explique Philip Merrigan, enseignant en économie sportive à l’UQAM. «Le revenu moyen par habitant est de moins de 6000$/an par famille, soit près de huit fois moins qu’au Canada et qu’aux États-Unis. Le hockey est donc encore un sport très cher pour les familles chinoises», affirme-t-il.

Le manque de patinoires pour pratiquer le hockey sur glace est un problème  en Chine, bien que la situation s’améliore. Effectivement, de nouveaux amphithéâtres sont construits chaque année. L’arrivée du Red Star Kunlun de Pékin dans la KHL pourrait également aider à promouvoir le sport à la grandeur du pays.

Alexandre Pouliot-Roberge est persuadé que le hockey peut fonctionner en Chine. «Il faut simplement le vendre! Quand la Ligue nationale de hockey a tenté de développer le hockey dans le Sud des États-Unis, il n’y avait pas de plancher salarial. Pour certains clubs, le développement a fonctionné, pour d’autres non», affirme-t-il, en spécifiant que tout dépend de l’équipe en place. Philip Merrigan voit les choses de la même façon. «Cela peut prendre plusieurs années, car les Chinois ne sont jamais pressés dans ce qu’ils entreprennent. C’est leur mode de vie. Par contre, s’ils sont prêts à faire les investissements sportifs et à inciter les jeunes à s’améliorer, ils vont réussir, comme dans plusieurs sports où ils ont tenté de devenir les meilleurs», conclut-il.

 

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