La fille qui voulait être maigre

samedi 18 novembre 2017 12:48

L’utopie de la perfection est la bête noire de plusieurs jeunes femmes qui repoussent le plaisir de manger en se gavant d’angoisse.

Par Marie-Anne Audet


À la fin de l’année 2015, Julyann Bénard finissait le secondaire. L’ambition menait ses pas vers les couloirs du cégep de Joliette. Cependant, contrairement aux autres étudiants de son âge, sa tête n’était pas une bassine qui accueillait ses rêves d’avenir.

«Si je pouvais résumer ma première année de cégep, j’utiliserais les mots entraînement, calories et angoisse», se souvient Julyann. Le cas de Julyann est commun dans la société occidentale, où la maigreur est souvent associée au succès.

Selon l’Association pour la santé publique du Québec, une femme sur cinq affirme que la gestion de son poids domine sa vie. «Notre corps n’est pas simplement le résultat de notre alimentation, mais de bien d’autres facteurs tels que la génétique. Notre objectif ne doit pas se définir à être semblable à ce que la société définit comme unique modèle de beauté», explique la diététiste Hebah Asfour. D’ailleurs, les régimes extrêmes affaiblissent le corps en ne lui fournissant pas les nutriments dont il a besoin. Dans la plupart des cas, les kilos perdus sont repris, et même plus, précise la diététiste. Cora Loomis, une nutritionniste s’intéressant aux régimes, a collecté des données qui démontrent que seulement 5% de ces diètes sont efficaces à long terme.

Briser le miroir

Avec ses quelques kilos en trop, Julyann rêvait d’avoir la taille fine de ses idoles. Après avoir passé des semaines à se comparer aux autres étudiantes qui l’entouraient, la jeune femme s’est imposée un régime très strict pour maximiser sa perte de poids. Julyann s’est mise à compter compulsivement les calories qu’elle ingérait et à s’entraîner à presque tous les jours. «Quand j’ai vu que je pouvais modifier mon corps à travers mon alimentation, je suis tombée dans un trou sans fond», explique-t-elle. La jeune femme a, à de très nombreuses reprises, frôlé la ligne entre la saine alimentation et les troubles alimentaires, au profit d’une perte de poids efficace. Son physique juvénile s’est métamorphosé en un corps athlétique de jeune femme.

Josée Lavigueur, l’une des porte-paroles d’Énergie Cardio, trouve inquiétant que les programmes d’entraînement pullulent un peu partout sur le web. Selon elle, après avoir fait germer les bourgeons d’une remise en forme, cette vaste banque finit souvent par pulvériser les chances de réussite des personnes les plus vulnérables. «La grande majorité de ces articles ne sont pas rédigés par des professionnels. Même s’ils ont l’air fiables, leurs auteurs n’ont souvent pas les compétences et les habiletés pour conseiller des patients», s’inquiète Mme Lavigueur. Pour cette entraîneuse, la remise en forme doit être agréable pour être efficace. Le meilleur entraînement est celui qui sied le mieux à la réalité du quotidien et permet de créer des moments de qualité tout en perdant du poids.

Aujourd’hui étudiante à l’UQAM, Julyann Bénard peut enfin respirer. Même si elle continue de faire attention à son alimentation, son obsession n’est plus celle qu’elle était. «J’ai compris que j’avais atteint la limite de mon corps et que je ne pouvais plus me permettre de perdre du poids, estime la jeune femme. J’espère quand même avoir, un jour, une belle taille fine et de longues jambes minces.» Au moins, Julyann se console en songeant à l’avenir qui brille, devant elle.

 

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