L’aventure tumultueuse de la non-scolarisation

samedi 18 novembre 2017 12:54

La non-scolarisation comporte son lot de risques, mais s’avère parfois favorable.

Par Raphaël Delaprée


Des chercheurs spécialisés en pédagogie alternative estiment qu’ils seraient des milliers à se détourner des bancs d’école traditionnels pour choisir eux-mêmes ce qu’ils veulent apprendre en vue de se créer un avenir glorieux, malgré le fait qu’ils n’aient pas obtenu de diplôme.

C’est le manque de confiance en l’avenir que leur apporte l’apprentissage traditionnel qui pousse certains jeunes Canadiens à cesser de fréquenter l’école, selon Yves Desrochers, professeur d’éducation à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). «Les étudiants ne se sentent pas mis en valeur. C’est pourquoi ils préfèrent opter pour d’autres alternatives, comme l’école à la maison et l’apprentissage autonome», croit M. Desrochers.

Henri Boudreau, également professeur d’éducation à l’UQAM, croit que cette ancienne pratique gagne en popularité en raison d’un système d’éducation défaillant qui marginalise les jeunes et qui ne répond pas aux critères d’insertion dans le monde du marché du travail.

L’éducation trop axée sur l’acquisition des diplômes

L’école doit être repensée, car le climat de l’apprentissage est nocif au développement des étudiants, croit M. Boudreau. «Les techniques d’enseignement et les édifices scolaires actuels ne favorisent pas de manière appropriée l’éducation, soutient-il. Il y a un écart flagrant que certains n’ont pas saisi entre la réalité de l’école des années 1970 et l’enseignement d’aujourd’hui». Henri Boudreau déplore que l’éducation actuelle est trop axée sur l’acquisition d’un diplôme universitaire et trop peu sur la compréhension du sujet étudié.

Selon Yves Desrochers, il faut repenser la manière d’enseigner, car l’évaluation des acquis est trop superficielle et n’évalue qu’un potentiel infime des gens. M. Desrochers se désole de constater que l’école soutient le fait qu’il n’y a qu’un seul chemin à suivre pour réussir et qu’il est trop rectiligne.

«L’enseignement est le socle d’une société», soutient Normand Baillargeon, philosophe et ancien professeur d’éducation à l’UQAM.  Ce dernier est sceptique quant aux conséquences sur la vie d’un jeune qui quitte les bancs d’école. Monsieur Baillargeon estime que cela dépend des cas, puisque certains enfants non-scolarisés semblent réussir sur le plan académique. Il est nécessaire de douter de l’attitude de certains parents qui élaguent leurs enfants de l’école traditionnelle pour des raisons idéologiques ou religieuses, estime M. Baillargeon.

Croire en ses rêves

Danielle Soucy, détentrice d’un diplôme secondaire, est fière d’avoir fondé son entreprise Fêtes en Boîtes en 2004. Elle a un parcours à succès dans son domaine : «Jadis, l’obtention d’un diplôme secondaire permettait d’avoir un travail. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus compliqué», assure-t-elle. Pour mettre toutes les chances de son côté, il faut s’impliquer en amont, explique Mme Soucy. L’entrepreneuse est convaincue que l’école est néanmoins indispensable à la réussite, mais s’afflige du fait que le système traditionnel ne prépare pas suffisamment au marché du travail. «Tout est possible, il ne faut jamais cesser de croire en ses rêves», partage-t-elle.

Serge Jodoin, quant à lui, a quitté l’école en secondaire trois. Il a tout de même réussi à se démarquer dans le domaine de l’agriculture et du camionnage et ce, grâce à sa persévérance. «J’ai appris la majorité de mes acquis en fréquentant l’école de la vie», explique-t-il. Nostalgique, il insiste sur l’importance de ne jamais se fier sur les autres et de persister pour réussir, tout en s’acharnant sur ses rêves. Cela n’empêche pas Serge Jodoin d’être convaincu que l’école est indispensable. «En 2017, il est très difficile de percer dans un domaine quelconque, avec l’absence de diplôme», soutient  et conclut-il.

 

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