Au-delà des écrans

samedi 18 novembre 2017 12:59

En quête d’identité, des milliers de jeunes s’identifient aux personnalités du web qu’on appelle les influenceurs.

Par Emmanuelle LeBlond


Des milliers d’adolescents suivent le quotidien de plusieurs de ces personnalités du web avec adoration. Face à l’ampleur du phénomène, pouvons-nous comparer cet engouement à une religion?

On ne peut pas établir de parallèle entre les vedettes du web et les cultes spirituels, soutient Alexandre Coutant, professeur au département de communication de l’Université du Québec à Montréal. En effet, un élément important les distingue; le contenu publié par les influenceurs touche un champ d’expertise en particulier, alors que la religion touche plusieurs sphères de notre vie. À titre d’exemple, la blogueuse beauté peut vous renseigner sur différents produits cosmétiques, mais elle sera beaucoup moins qualifiée pour vous conseiller à propos des jeux vidéo ou de la littérature.

Chaque influenceur possède une spécialité qu’il partage avec sa communauté et c’est à partir de cette expertise qu’il établit un lien de confiance avec son auditoire, suggère M. Coutant. La spiritualité, quant à elle, recouvre une plus grande variété de thèmes. «La religion et ses croyances s’appliquent à des domaines de souffrance, comme le bien et le mal ou les questions existentielles. L’influenceur du web ne se positionne généralement pas sur ces champs», soulève Stéphanie Tremblay, professeure au département des sciences des religions à l’UQAM.

Modèles importants

Les influenceurs exerceraient plutôt un pouvoir identitaire que religieux, amène Mélanie Millette, professeure au département de communication spécialisée en médias sociaux numérique à l’UQAM. «Quand on fait des enquêtes auprès des jeunes, on se rend compte que parmi les personnalités qu’ils jugent importantes dans leur quotidien, il y a des youtubeurs», explique-t-elle. En pleine quête identitaire, ce sont surtout les adolescents qui se sentent interpellés par ces personnalités, car ils les prennent pour modèles.

Selon elle, ils iront même jusqu’à comparer ces vedettes du web à des membres de leur famille. Lorsque ces jeunes rencontrent leur idole, en dehors de plateformes numériques, ils sont souvent gagnés par l’émotion. Ce n’est pas l’idée d’une foi ou d’une adhésion religieuse qui les font pleurer, mais plutôt l’attachement de la relation qui s’est nouée en ligne, supporte Mme Millette.

«Les influenceurs n’agissent pas avec une logique religieuse, mais ils pourraient exporter leur influence dans un autre domaine, comme celui de la croyance ou de la religion», conclut Mme Tremblay, en précisant que le danger est réel si la personnalité du web se sert de son crédit pour coloniser des champs d’expertise qui ne sont pas les siens. En revanche, ces vedettes s’aventurent rarement vers ce chemin risqué. Même si les influenceurs sont conscients de la notoriété qu’ils exercent, ils sont encore loin de se considérer comme des gourous spirituels.

Leave a reply

required

required

optional