Un drapeau blanc souillé?

samedi 18 novembre 2017 1:18

L’idée que le Canada est un pays pacifique pourrait n’être qu’un mirage.

Par Christophe Boucher Rouleau


Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le Canada a acquis une réputation pacifiste sur la scène internationale. Il entretient cependant des relations diplomatiques avec l’Arabie Saoudite, pays aux tendances militaristes qui ne respectent pas plusieurs droits humains. Cela nuit-il à l’image du Canada dans le monde?

D’abord, la création des Casques bleus en 1956 par le Canada a établie cette renommée pacifiste, selon Justin Massie, professeur de l’Université du Québec à Montréal spécialisé en politique étrangère et de défense. En effet, le Canada serait un champion du maintien de la paix, depuis que le pays a fourni environ 10% des casques bleus qui ont été déployés sur divers territoires jusqu’en 1988. «C’est suite à une résolution de Lester B. Pearson, ministre canadien des affaires étrangères à l’époque, que la force de maintien de la paix de l’ONU a été créée pour régler la crise du Canal de Suez», explique le politologue.

La réputation positive du Canada s’est donc basée sur une approche interventionniste, en participant massivement aux missions de maintien de la paix de l’ONU, poursuit M. Massie. «En revanche, le Canada s’est éloigné de l’ONU pour prioriser ses alliés de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, depuis la chute de l’URSS au début des années 1990» souligne-t-il.

C’est surtout les Canadiens qui se considèrent eux-mêmes pacifistes selon Houchang Hassan-Yari, professeur au Collège militaire royal Canadien : «Nous, Canadiens, aimons dire que nous sommes champions des droits de l’homme, champions des casques bleus». Selon lui, le Canada n’a même jamais été un pays pacifiste, puisqu’il a participé à plusieurs guerres depuis le vingtième siècle, telles les deux Guerres Mondiales, la guerre d’Irak du début des années 90 ou encore la guerre d’Afghanistan du début des années 2000.

Malgré ses réserves par rapport à la réputation canadienne, le professeur critique beaucoup plus ouvertement les actions de l’Arabie Saoudite au Yémen depuis 2014: «La Guerre au Yémen est une guerre qui a causé énormément de dégâts sur la population civile, que ce soit la destruction d’écoles ou d’hôpitaux. Selon l’ONU, la majorité des victimes sont des civiles».  

Le bilan négatif du régime saoudien est en effet connu de tous selon Jabeur Fathally, professeur de droit à l’Université d’Ottawa. «Il suffit de consulter les rapports aussi bien des organisations internationales, certaines agences de l’ONU par exemple, que ceux des organisations non-gouvernementales. Les rapports d’Amnesty internationale, de reporters sans frontières, de Human Rights Watch etc., sont accablants», souligne-t-il.

«Le régime de l’Arabie Saoudite peut susciter deux types de réaction», nuance le professeur à l’École nationale d’administration publique, Stéphane Roussel. «La première est de voir ce régime comme autoritaire, rétrograde, figé dans le temps», explique-t-il. Par contre, «L’Arabie Saoudite peut être un allié dans la lutte, non-seulement  contre le terrorisme, mais aussi contre les groupes qui sont susceptibles soit de s’attaquer à Israël ou de commettre des attentats terroristes à travers le monde».

Innocents en apparence

Malgré tout, messieurs Hassan-Yari, Fathally et Roussel s’entendent sur une chose: les relations qu’entretiennent les deux pays n’affectent pas négativement l’image du Canada dans le monde. Houchang Hassan-Yari explique que puisque «la scène internationale est constamment chambardée, prises par toutes sortes de crises», ce genre d’enjeu devient plutôt une question de “luxe” qui n’attire pas autant l’attention à l’international que dans le passé.

Jabeur Fathally abonde dans le même sens. Pour lui, le Canada demeure un pays respecté sur la scène internationale. «Les rapports du Canada avec des régimes dictatoriaux qui, disons-le ne se limitent pas à l’Arabie saoudite, (par exemple la  Chine ou le Myanmar), soulèvent, certes, des questions sur la sincérité du modèle canadien mais sans que ces questions mettent en cause la réputation du Canada», explique-t-il.

«C’est-à-dire que si le gouvernement canadien avait fait comme le gouvernement belge en soutenant la candidature de l’Arabie Saoudite au conseil des droits de la femme par exemple, là il se serait mis dans une situation carrément ridicule», analyse Stéphane Roussell. Le gouvernement de Justin Trudeau est même un pays vocal dans ce dossier, mais il n’a pas beaucoup de moyens d’agir sur le régime saoudien, souligne-t-il. «Sa réputation est liée, par exemple, à ses capacités à faire des pressions sur l’Arabie Saoudite. Donc, je doute que ça soit un élément qui nuise vraiment à la réputation internationale», conclu-t-il.

 

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