David et Goliath

samedi 18 novembre 2017 1:28

Afin de se sortir de la pauvreté, l’Éthiopie tente par tous les moyens possibles d’attirer des capitaux étrangers, un appel auquel la Chine a répondu depuis longtemps.

Par Jérémie Lachance


L’arrivée massive de capitaux chinois en Éthiopie accroît la dépendance économique du pays africain vis-à-vis le géant asiatique, laissant entrevoir un néocolonialisme économique. Portrait d’une situation qui dure depuis déjà plusieurs années.

L’Éthiopie, comme beaucoup de ses voisins africains, conserve à ce jour un modèle économique de dépendance qui n’a connu que très peu de progrès au niveau de sa productivité. Dans un environnement économique où les entrées et sorties d’argent sont difficiles à prévoir, il est très ardu de mettre sur pied des stratégies financières à long terme. Le pays africain a donc besoin, plus que jamais, de son principal partenaire économique, la Chine.

Les investissements du gouvernement asiatique ainsi que la délocalisation d’entreprises chinoises vers l’Afrique a été bénéfique pour l’Éthiopie, croit le coordonnateur des marchés de l’Afrique au ministère de l’Économie du Québec, Alain Carrier. «Cela a permis la construction d’infrastructures essentielles au bon développement de la région comme des routes et des chemins de fer», affirme-t-il. Selon lui, ces investissements ont été faits dans le but d’avoir accès plus facilement aux ressources naturelles du territoire afin de mieux pouvoir les exploiter par la suite.

Là où le bât blesse, selon Alain Carrier, c’est quand vient le temps pour les entreprises locales de rivaliser avec les multinationales chinoises. Certaines firmes éthiopiennes suffoquent devant le grand nombre de compagnies chinoises sur le marché. Les industries locales ayant réussi à tirer leur épingle du jeu sont alors confinées dans des secteurs plus ou moins lucratifs.  

En plus de monopoliser le marché, la Chine envoie des milliers de travailleurs, dont plusieurs prisonniers condamnés aux travaux forcés, ajoute Alain Carrier. Les entreprises étrangères engageront donc leurs ressortissants au détriment des travailleurs éthiopiens. «Les prisonniers chinois ne sont pas payés. Les Éthiopiens ont beau travailler pour un dollar par jour, c’est toujours un dollar de plus», explique-t-il.

Malgré le fait que les investissements chinois permettent de développer les infrastructures du pays, très peu d’argent parvient aux poches du peuple d’Éthiopie. Il s’agit du vingt-et-unième pays le plus pauvre sur la planète, selon le Fonds monétaire international.

Ce que Goliath veut

Les mesures entreprises par le géant oriental s’inscrivent parfaitement dans les notions du capitalisme actuel, selon le professeur en science politique à l’Université du Québec à Montréal et spécialiste en politique chinoise, Ting-Shen Lin. Ce dernier soutient que les actions entreprises par le gouvernement chinois en Éthiopie font partie d’un plan global africain visant à instaurer la domination des entreprises chinoises tout en ouvrant de nouveaux marchés économiques. M. Lin ajoute qu’il est donc dans l’intérêt de Pékin qu’une dépendance économique s’installe entre la Chine et l’Éthiopie, s’il veut conserver son influence sur les marchés africains.

«Après avoir eu ce qu’elle veut, la Chine discutera des choses à partager, explique Ting-Shen Lin. C’est comme quand il y a trop de liquide dans un verre, on donne ce qui déborde». Selon le professeur, les entreprises chinoises ne partageront que très peu de leurs revenus avec l’Éthiopie, gestes qu’il qualifie d’égoïste.

Les répercussions sur David

Les conséquences engendrées par les investissements chinois en Éthiopie ne sont pas que négatives, selon le spécialiste en politique africaine et professeur à l’Université de Montréal, Mamoudou Gazibo. «L’État africain n’a pas la capacité de construire des infrastructures efficaces et a intérêt à accueillir les investisseurs chinois», explique-t-il. Ces investissements sont ainsi profitables aux pays africains n’ayant pas la capacité de construire les infrastructures essentielles au bon développement d’une société.

Mamoudou Gazibo précise cependant que même si certaines puissances africaines, par exemple l’Afrique du Sud, parviennent à imposer des restrictions au gouvernement chinois, les pays moins développés deviennent rapidement dépendants de la future première puissance mondiale. «Les États plus faibles peuvent entrer dans une dépendance économique», soutient le professeur.

C’est donc sous peine de perdre leur principal partenaire économique que ces pays en difficulté sont forcés d’appuyer les politiques économiques et internationales du gouvernement chinois. «C’est donc en partie une forme de néocolonialisme, mais les sociétés occidentales y participent depuis bien plus longtemps que la Chine», conclut M. Gazibo.

 

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